Pendant qu'à Garnier des sapins valsent, au TCE, Sasha Waltz et Pascal Dusapin continuaient le cycle Médée, commencé dans les même lieux par l'affreux Charpentier. Quel bonheur, quelle joie d'assister à un tel spectacle — dans les effusions sanguinolentes sur scène, ce n'est peut-être pas les adjectifs rêvés. Superbe, terrifiant, fascinant. En un peu plus d'une heure (pourquoi diable commencer à 19h30 ? Pour la 2e partie de soirée entre la souris et le petit rat ?), Dusapin se concentre sur la seule Médée — Caroline Stein —, elle qui est la seule à chanter, en allemand — d'où le titre "Medea". Dans la fosse, un mini-chœur de femmes ("les quatre voix de Medea") et un autre d'hommes, cependant, qui parfois entrent en résonance, grâce à des effets acoustiques gérés par une station ad-hoc, au parterre. D'ailleurs, mieux valait être dans les étages (vides... Pour seulement deux représentations, le public ne comprend rien ! Certes les prix étaient totalement prohibitifs, 140€ la 1ère categ...), car la scénographie (trois personnes pour s'en occuper...) s'appréciait mieux avec du recul et de la hauteur. Dès le début, le rideau rouge tombe tel le couperet : ambiance.

Dans la fosse, Dusapin évite les effets de manche des contemporains : que des cordes pour l'Akademie für Alte Musik Berlin, dirigé par Marcus Creed et accompagné du Vocalconsort Berlin. Deux dramaturges (on excusera du peu, quand il y en a un seul à Bastille on voit déjà la différence...) et la chorégraphie de Sasha Waltz qui aura attiré des balletomanes curieux, n'y connaissant rien à la musicalité toujours fabuleuse de Dusapin. On n'est pas déçu, sur scène : après le tombé de rideau, les danseurs en ligne au sol tournent sur eux-mêmes jusqu'à former un cercle. La scène sanglante de la vengeance de Médée sur la nouvelle femme de Jason est à mi-chemin entre l'angoissant et le fascinant d'horreur. Les danseurs donnent une prestation absolument remarquable, que l'on espère enregistrée.

Le texte est lui aussi magnifique : une adaptation de Medeamaterial de Heiner Müller, que Dusapin avait déjà porté en 1992, avant que Waltz n'ajoute sa patte en 2007. L'analyse psychologique des ressorts de Médée ressortent totalement, on est concentré sur l'essentiel, le "Wer ist das Mann?" final résonne encore. Palpitant.

Une soirée courte, certes, mais extrêmement dense. L'exact opposé du Charpentier, en somme. Voilà ce que nous aimerions voir plus souvent !