"La cenerentola" a été bannie de l'opéra durant toute l'ère Mortier : il trouvait cet opéra insoutenable. Effectivement, je n'avais pas forcément envie de dépenser grand chose pour le voir, et puis l'an passé c'était la folie pour avoir une place (d'ailleurs, c'est donné deux fois cette saison — on se pince un peu !). Profitant par mégarde d'un trou de mon agenda qui était en fait LE récital de Khatia Buniatishvili à Pleyel que j'avais oublié de noter (je m'en mordrai longtemps les doigts...), j'avais donc pris LA séance de générale par l'AROP à laquelle j'avais droit, soit lundi dernier. Arrivé depuis chez mon expert-comptable autour de 18h40, la salle était pleine à craquer sauf au parterre réservé aux mécènes de l'AROP (ceux qui n'ont pas pu avoir le balcon, pourtant pas complet) et aux ninjas malins. Résultat : je me suis retrouvé dans une 3ème loge sur une place à 10€, pour voir la soirée debout. Alors même que certains chanteurs, et en premier lieu le prince, n'ont vraiment pas donné tout ce qu'ils pouvaient — ce qui peut tout à fait arriver lors d'une générale, évidemment. C'est ce qu'on appelle un #epicfail sur twitter.

Riccardo Frizza - Direction musicale
Jean-Pierre Ponnelle - Mise en scène, décors et costumes
Grischa Asagaroff - Réalisation
Michael Bauer - Lumières
Alessandro Di Stefano - Chef de choeur


Maxim Mironov - Don Ramiro
Nicola Alaimo - Dandini
Bruno De Simone - Don Magnifico
Claudia Galli - Clorinda
Anna Wall - Tisbe
Marianna Pizzolato - Angelina
Adrian Sâmpetrean - Alidoro

La mise en scène n'est pas dégueue pour un livret aussi pauvre, mal fichu et véritable insulte à la mémoire de Perrault, mais franchement, je ne pense pas qu'elle ait couté bien cher : en province, ça se comprendrait, à 180€ la place de balcon, beaucoup moins. À cette allure-là, la RGPP est en marche à l'opéra ! Rossini fait du Rossini, et ce n'est pas mauvais non plus, même s'il n'y a à peu près rien à en retenir. Ça pourrait très bien faire une opérette un peu longue (1h10, 30 minutes d'entracte, 1h30), d'ailleurs c'est fort long pour aussi peu de contenu, au final. Le prince se balade incognito (WHAT ?) et rencontre Cendrillon qui se fait maltraiter par ses deux soeurs et son père (oui, son père, et aucune mère ou belle-mère !) : c'est l'amour fou. En même temps, le prince (étranger) doit mener une campagne pour trouver sa dulcinée, sur ordre paternel : mais un peu malin, il sélectionne en faisant passer son valet pour lui — crédibilité epsilonnesque. Comme il n'y a que TROIS filles dans tout le pays, et qu'il n'aime pas les deux autres, il n'en reste qu'une, notre bonne cendrillon au tour de taille 64 (moyennement crédible !), qui en plus s'est déguisée (??) pour aller danser (???) au fameux bal (oh, ça me rappelle Cendrillon !), grâce à l'intervention d'un faux-mendiant qu'elle a aidé (ouais, ça donne dans la chrétienté en plus...).

Minable. On passe une assez bonne soirée, il y a de bons moments de rire, c'est idéal pour le vendredi soir, après une semaine de boulot, pour décompresser en regardant un truc sympa qui ne va pas chercher bien loin. Gratuit ou 10€ (allez, disons 20), ça vaut le coup ! À noter de superbes costumes (quelques fois pas à la bonne taille), un très très beau travail des ateliers.