Les prix de la danse 2012 de l'AROP étaient vendredi dernier : on y est venu pour les petits fours, pour les pote(sse)s balletomanes, pour le décorum, pour la pipolisation, pour mater des danseuses qui trainent, pour les discours (no comment — pour l'instant ! ;)  ) et puis... pour les gagnants. Non parce que vraiment, y a-t-il eu du suspense ? Chez les hommes, François Alu nous a fracturé la rétine depuis le concours de l'année dernière ; chez les femmes, tout le monde ne jure que par Charlotte Ranson (moi le premier — ou le deuxième après Aymeric). Aucune surprise pour la clairvoyance aropienne, qui a su décorer Fanny Fiat et Mathilde Froustey, plus tard sacrifiées par l'opéra (ce qui a donné lieu à une belle expression euphémistique pour ne pas aborder frontalement le sujet, dans le discours du président). D'ailleurs, ça relève même de la précognition quand on sait qu'Émilie Cozette a été décorée.

Jean-Louis Beffa nous irradie toujours de sa bonhommie et de son sourire. Mais on sent les dizaines d'années d'expérience française à éviter tout sujet facheux. Le discours tombe rapidement dans de la biographie name-dropping sans saveur caractéristique de nos tropiques, où l'on ne peut s'amuser que de la pronociation atroce (non, pire encore) de "In the middle, somewhat elevated" (cette génération de l'arrière-garde où l'on pouvait se permettre de ne parler que la seule et unique langue nationale, là où il faut être à présent trilingue pour vendre des billets de train payé au SMIC, me fascine — et révèle l'état déplorable dans lequel cette génération ne pouvait que laisser le monde, IMHO).

Bribri est toujours aussi fraiche et délirante (dira-t-on). La franchise désarmante qui laisse assez souvent interloqué. Elle laisse assez rapidement le micro à la première lauréate, Charlotte : et là, c'est passablement catastrophique. Elle est mignonne et extrêmement sympathique, la Charlotte, mais à son âge, ne pas savoir construire un discours autrement que par des accès d'émotion ("c'est confession intime ?!", s'est-on demandé) laisse bien songeur quant à une maturité que les danseurs de l'ONP semble décidément ne pas avoir (le contre-effet de la secte). Même le tout vert Alu (tellement vert qu'il a été doublement primé), qui a tenté un mélange de modestie et de pirouette (Bribri le trouve brillant, mais peut-être pas assez artistiquement impliqué, ou du moins pas au fond de son immense potentiel "trop facile" ? — Difficile à exprimer correctement, même pour moi), qui n'était pas totalement réussi, faute à sa jeunesse, déméritait beaucoup moins. Mais bon, Charlotte est a-do-ra-ble — et après tout, c'est tout ce qui compte (très joli autographe).

Bref, le discours, en France, ça reste toujours la catastrophe. Que l'esprit de Jean-Louis Debré arrive un jour à éclairer les esprits — ou à défaut, faire des stages aux USA ? Allez, après cette séquence émotion, retour aux fondamentaux : la princesse, le petit rat et les petits fours. Peu nombreux, ces petits fours : est-ce la crise ? J'ai remarqué partout, ces temps-ci, une réduction de la free food ; c'est inquiétant. Avec Hugo, on arpente la foule. Je touche un mot à Bernie sur la guéguerre minable franco-française entre fac et Science Po ; je qualifie le président de colbertiste, et il me corrige (me laissant pantois) : "Saint-simonien !" (ce sera le thème du billet hebdo...). Je demande au dirlo J-Y comment le fameux chèque (de 5000€) est fiscalisé : mystère (en fait, mon Lefebvre fiscal indique que pour un prix artistique reconnu âgé de plus de 3 ans, il n'y a pas de TVA et aucune charge pour le primé — paradis fiscal !).

Je trouve des vieux (anciens jeunes) amis, je pallie l'absence de souris (qui y a vraiment cru quand on lui a dit qu'elle ne pourrait pas rentrer sans carton — c'est moche), et finalement, on se fait mettre dehors.La délégation balletomane se met en route pour une deuxième partie de soirée arrosée — et si vous aimez le petit rat, faites-la boire. Je pars retrouver mon rongeur à domicile.