Voulant voir "Looper", je me retrouve devant le dernier Claude Miller : un glissement digne des dimanches soirs et des remplissages de salle (le contre-effet d'avoir des semaines bien remplies). Nous (re)voilà à Bordeaux, enfin, dans sa région, au milieu des pins de Landes. Années 20, c'est le début de la fin du monde pour la province : on s'y marie encore pour les alliances, et les femmes sont préférées traditionnelles et soumises au patriarcat. Attention au feu, qui rase et rend fertile.

"Thérèse Desqueyroux" : dans ces années, on peut s'appeler Thérèse et avoir la vingtaine — quoiqu'Audrey Tautou manque de crédibilité, tandis que son altérité Anaïs Demoustier est parfaite dans le rôle. Thérèse se croit traditionnelle : elle se révèle intelligente. C'est le beau Jean qui voit la vérité : contrairement à son flirt, l'amie et belle-soeur Anne (Anaïs), qui jette un trouble profond dans la sainte famille (un Israélite ! — Merci de rappeler le racisme français de l'époque), Thérèse a de la pensée, bridée par son milieu, mais qui ne pourra qu'éclore.

Insupportable mari dans la basicité provinciale de cet être (Gilles Lellouche), son cri de désespoir prend une forme bovaresque (en deuxième temps en ce qui la concerne). Étouffement dans ce milieu de "la race des simples" (le constat est d'elle, dans son désespoir) : oui, en province, en pleine campagne de haute bourgeoisie traditionnelle, on ne va pas chercher bien loin, on réfléchit peu (on y fait bien semblant, et on prie beaucoup), et après tout, cela permet de vivre heureux, dans l'imbécilité, l'inculture, le non-questionnement. Mais ce qu'il faut à Thérèse, c'est un bol d'air parisien — et une séparation de corps, ce divorce des catholiques, au détriment de ses instincts maternels sur le tard : en ce temps-là, la loi existait-elle vraiment ? On se demande quelle sera la vision de notre temps dans 90 ans (espérons qu'elle soit aussi cruelle, pour le bien social).