460ème semaine
Par palpatine le dimanche 27 janvier 2013, 20:08 - Throne Room - Lien permanent
Je n'étais pourtant pas en retard pour écrire ce billet, mais il faut croire qu'une semaine chez un client, et on n'a plus guère le temps de rien. Il y avait les États Généraux de l'OpenSource, lundi dernier, et ce fut une sympathique occasion de revoir la famille. Cas de conscience : twitter ou ne pas twitter ? C'est qu'à force, on n'est guère discret, et ça n'a pas manqué, un pioupiou m'a déjà spotté. Mon identité secrète la reste à moitié, et je ne commence à l'assumer qu'auprès de ceux que je considère comme vrais amis — je veux dire pour ceux qui ne m'ont pas connu d'abord ici.
Quand on y pense, en effet, ceux qui ne m'ont pas connu comme pseudonymé m'ont rencontré très probablement (hors famille) dans le cadre du boulot, de l'expertise, du professorat, ce qui implique d'autres relations. Avec le temps et sept années de blog, certains sont devenus bien plus des amis que des partenaires professionnels : dans ce cadre-là, après tout, pas de soucis — même si j'ai parfois l'impression de faire mon "coming out", ce qui n'est pas sans intérêt. Sinon, le pas est encore difficile.
Quelque part, le blog sous pseudonyme pose bien plus qu'une question de narcissisme, mais celui d'une construction d'identité (à travers l'altérité du lecteur), d'une autre identité (schizophrénique, dis-je parfois), (pseudo-)nommée, tierce à l'identité "commune", "légale", en front, connue de tous, publique en somme (si cela a un sens, à débattre). Cette identité masquée, sans a priori, pour le meilleur (combien ont cru que j'avais fait une très grande école, ou que j'avais 45 ans ? — Il y a aussi beaucoup de monde qui me prend pour une fille !) comme pour le pire ("ah mais j'ai cru que tu serais tout aussi arrogant dans la vraie vie, mais en fait tu es tout gentil !" — Un classique, qui rappelle aussi le pouvoir créateur de fiction et de malentendus de l'écrit, si bien décortiquée comme l'eau tiède par les experts du management à travers le désormais trop répandu mail), est aussi une altérité de soi à soi-même, à travers les couches sédimentaires du temps, par la conservation des anciens billets, par la possibilité simple de "coucher" sa pensée (sans avoir à passer par le lourd processus du livre), par cette construction intellectuelle. En ce sens, l'écrit sous pseudonyme est aussi un miroir intéressant : lieu de réalisation de fantasmes sans prêter à conséquence (dès lors qu'il ne se mélange pas à l'identité officielle, ou dès que le passage vers l'identité réelle ne peut apporter que du bon par le filtre de l'acceptation de la rencontre "réelle"), il permet l'expérimentation et la consolidation d'un moi unique, au final.
Que l'on considère la structuration même de ce blog, ayant gardé la même catégorisation Geek ("Throne room") / Descartes ("Cogito ergo sum") / Rouseau ("les sciences" / "et les arts"). Voilà d'où je viens. Voilà où j'en suis : la quasi-totalité des billets sont dans la catégories des arts (dans lesquels je n'ai strictement aucune expertise). Intéressant à voir pour un scientifique formé au moule moderne scientiste : par la simple intuition, le bonheur a été trouvé dans l'esthétique, cette chose non-mesurable sur lesquels se sont penchés bon nombre de philosophes, sentant là l'âme irrationnelle, inexplicable de l'humanité, celle du beau et du plaisant. Voilà qui relativise les idées bien plus que les traités (même si aucune réponse n'est donnée en soi). Récemment, des économistes fustigeaient un mot de Valery (repris par Fabius), "Un homme compétent est un homme qui se trompe selon les règles", et je me suis surpris a comprendre immédiatement le fond de cette pensée, contrairement à mes amis de scientisme. Il faut tout simplement rapprocher cette citation de celle de Dali, "Je sais que je ne sais rien, c'est pourquoi j'ai moins de possibilités de me tromper que les scientifiques". Au-delà de la provocation, la pique est terrible et terriblement pertinente. Les détenteurs de la Vérité actuelle ne détiennent rien de plus que ceux qui le prônaient avant : en sept ans de blog, et après avoir soutenu l'exact contraire, je regarde le chemin parcouru depuis mes deux identités, et malgré un certain vertige, respire un grand bol d'air frais. Comme si une lourdeur soupçonnée, qui taraudait l'esprit et était à l'origine de bien des gloses et tâtonnement, révélait enfin son visage, enfoui et fondateur, pour s'évaporer et laisser enfin une véritable liberté de penser.
Ça fait du bien. (Mais ne résout pas le problème identitaire, j'en fais quoi de ce pseudonyme ? :) )
Commentaires
Bah de toutes façons avec les nouveaux star wars qui vont sortir, tu te serais pris une takedown notice des avocats de Disney donc tu aurais du l'abandonner.
Ah oui, tiens... :)
J'ai pensé à "Rastignac" plusieurs fois, sinon — et au moins c'est dans le domaine public, et étrangement personne ne semble l'avoir pris...