L'orchestre de Paris fait tout de même dans le grand écart : après la jeune et fort pétillante Yuja, un vieux de la vieille, Emanuel Ax, derrière le piano. Forcément, c'est plutôt Mozart, et il a même insisté pour faire remplacer le concerto n°27 par le n°17 : autant dire qu'il choisit ses oeuvres avec une précaution qui se ressent dans ses interprétations de vieux loup à la patte leste et souple. Autre chose. Ça nous rend tout tendres, tout dispos pour la suite. En bonus, on a... heu... du Schubert, de mémoire (tout tendre aussi, support ferme mais accueil souple, comme mon prochain matelas).

Après l'entracte (et un déménagement pour fuir un voisin gênant : une plaie trop habituelle), les choses sérieuses : presqu'une heure de messe de Bruckner, la n°3, à 44 ans, avant qu'il n'attaque les symphonies dont on sent les prémices. Il y a des moments de grandes émotions, d'autres où ça bombarde, et au milieu de l'oeuvre, on est scotché au siège. Il paraît que la veille, c'était raté : il fallait bien venir jeudi. Chen Reiss (soprano), Renata Pokupic (mezzo-soprano), Werner Güra (ténor), Johannes Weisser (basse) et le choeur (environ 120 personnes !) sont parfaits. La souris est en extase, elle me fait penser à lorsque j'ai moi-même découvert l'entêtant et puissant Bruckner.

Excellente soirée, avec une Lola à natte sur le côté.