Chagall, pour les opéramanes/balletomanes, c'est avant tout le plafond de Garnier. Mais il n'a pas peint que des plafonds dans sa vie (contrairement à Michel-Ange ?). Quasi-centenaire, sa vie débute peut avant le XXème siècle (1885) pour s'achever à la fin de celui-ci (1985). Il connaît donc concrètement les deux guerres mondiales, mais aussi la révolution russe en son pays natal — et la mort soudaine de sa femme, plus tard. Allers-retours en France, exil en Amérique pour fuir les nazis, c'est un juif errant qui a croqué les scènes qui ont marqué son esprit.

L'exposition est conçue pour être un succès, me dit mon historienne de l'art préférée : comme le Luxembourg est privé (ce qui explique le tarif "réduit" à 7€ ; seuls les journalistes s'en sortent à la gratuité), il faut rentabiliser, ce qui explique la longue queue sous la pluie (sur le sable du jardin qui dégueulasse tout), un vendredi après-midi. L'ordre est simplement chronologique, ce qui a le bon goût de correspondre aux différentes périodes, aux travaux successifs du peintre. Il y a assez de place pour ne pas trop se marcher sur les pieds, même s'il faut souvent attendre un peu pour avoir une vue dégagée (je n'ose imaginer le week end, en revanche). En une heure, on passe des portraits et paysages aux scènes de la vie courante, aux illustrations de la bible, aux périodes de guerre et de crise religieuse existentielle (beaucoup de Christ, pour un juif !), avant l'éclaircie, les paysages du Sud, et pour clore l'exposition... la danse !

L'univers de Chagall, pendant tout ce temps, s'étoffe, avec un côté surréaliste de rêves éveillés. Des chèvres (souvent anthropomorphes, à moins que ce ne soit l'inverse), des coqs, des sortes de bacchanales, des couleurs très vives, très rouges, très jaunes, des incursions dans le pastel mais le plus souvent de l'huile, souvent sur carton, avec du relief (des gouttes, des traces). Il y a toujours quelque chose de fort qui se dégage des toiles de Chagall, qui s'impose, qui s'installe dans l'oeil tout en gardant un dynamisme certain. Je connaissais très mal, et en une heure de déambulation, j'ai appris à apprécier. Une exposition toute récente à découvrir.