"Hänsel und Gretel" tourne en ce moment à l'opéra Garnier, et c'est un vrai bonheur. On pense tout de même qu'une salle comme l'opéra comique serait plus dans l'ambiance, mais peu importe : cet opéra, ou plutôt Märchenoper, d'Engelbert Humperdinck (1854-1921), composé en 1893, est un vrai bonheur. Une distribution d'illustres inconnus pour des places de 110 à 180€ pour les trois premières catégories :

Jochen Schmeckenbecher : Peter
Irmgard Vilsmaier : Gertrud
Daniela Sindram : Hänsel
Anne-Catherine : Gillet Gretel
Anja Silja : Die Knusperhexe
Elodie Hache : Sandmännchen
Olga Seliverstova : Taumännchen

Avec une direction de Claus Peter Flor. Et pourtant, tout ce beau monde est excellent — surtout les deux jeunes héros, Hänsel étant un rôle travesti. Le décor aide à la projection de la voix, en hauteur et tout plat : divisé en quatre pièces (deux fois deux), plus un double couloir central pouvant s'ouvrir, Mariame Clément a eu l'idée extrêmement originale de dupliquer l'action. D'un côté avec deux jeunes acteurs interprétant Hänsel et Gretel — plus vrai que nature —, et de l'autre les jeunes chanteuses effectuant les mêmes gestes. Puis on inverse le miroir, et plus tard encore, on complexifie l'affaire en faisant vivre des rêves aux jeunes héros : d'un côté ils sont dans leur chambre et croient voir des monstres (dans le placard et sous le lit), de l'autre ils sont en pleine forêt hantée. Il y a donc un mélange permanent entre le réel et l'imagé, à tel point qu'on en perd le fil et qu'on ne se demande même plus où l'on est — il y a d'ailleurs, si l'on s'y penche bien, quelques incohérences, tout comme dans le livret.

Peu importe, on se régale. Il faut attendre le deuxième acte pour que le frère et la soeur de ce Grimm remasterisé ne rencontre la sorcière, qui chez nous peut se transformer en une sorte de reine de la nuit disco à paillettes. On parle alors de rôtir les enfants et/ou des les transformer en pain d'épices : ce n'est pas très clair. Heureusement, les gamins sont malins... La partition est riche, on s'amuse bien, c'est intelligent, une très bonne soirée !

L'histoire ne dit pas si lors de ce gala AROP (oui encore !), il a été servi du gamin rôti dans le grand foyer — ou du pain d'épices ?