On m'a titillé, ce mercredi, sur le mariage en doublon qui vient de passer. On me sait intellectuellement contre ; mais qu'on ne s'y trompe point, si j'avais l'âme catholique, je marierais & reproduirais afin de perpétuer l'espèce préférée du seigneur. Bref, il faut vivre ses contradictions : je pense sincèrement que cette loi n'est qu'un pas de plus vers le délitement de la civilisation occidentale "en perte de valeurs", celle où l'on vante les familles recomposées du dernier demi-siècle tout en s'interrogeant sur la merde éducative que récupèrent les profs, etc. ; et en même temps, puisque je suis exactement de cette même eau libérale individualiste entraîné au bonheur hédoniste, et comme je pense que j'aurai le temps de mourir avant la fin de la civilisation (en espérant que, mes ancêtres immédiats ayant fait le même calcul, la planète ne sera pas trop pourrie), sachant qu'on ne sait pas trop ce qu'il y aura derrière, autant cape-diemer gaiement, et militer avec la plus totale et désintéressée philanthropie pour la polygamie.

Car par ma foi, je ne vois plus du tout ce qui nous retient : on a dit "qui s'aime se marie", "il faut un cadre juridique clair et égalitaire pour toutes les situations", etc. Appliquons donc les mêmes raisonnements à ce qui est bien plus naturellement rencontré à travers les peuples que le mariage gay, et donnons un cadre légal à la polygamie naturelle (polyamour, si vous voulez). Je ris déjà d'ailleurs de voir nos égalitaristes en culotte courte crier au scandale en arguant des mêmes raisonnements que nos catholiques bafoués — ce n'est pas notre identité sociale, je ne sais quoi —, mais je tiendrai bon ! (Notons que ce ne sera pas pour moi, par interdiction préfectorale souristique : mais après tout, ce sont des hétéros qui ont voté pour le mariage gay d'une infinité de la population)

Toute cette histoire aura eu au moins le mérite de faire tomber les masques. Pas des cathos (ni des fachos... Ceux-là si on avait pu éviter de les réveiller, ça n'aurait pas été plus mal, mais au moins on sait qu'ils sont toujours là...), mais par exemple les sociologues. Prenons cela, exemple parmi tant d'autres, mais hautement révélateur : "L'invention de l'hétérosexualité" par Louis-Georges Tin, Maître de conférence à l'IUFM-Orléans, enseigant à l'EHESS (je précise sa noble lignée, n'est-ce pas).

La culture hétérosexuelle n’est qu’une construction parmi d’autres.
Si elle domine dans les représentations des sociétés occidentales,
elle n’est ni forcément naturelle ni universelle.

Voilà qui est dit. La sociologie est le faux nez de l'ingénierie sociale, on est à présent fixé. Nos petits positivistes descendants d'Auguste Comte ne sont pas bien éloignés de leurs cousins marxistes qui ont expérimenté en pays communistes : rien n'est naturel, tout est culturel, donc... tout peut être reconstruit à volonté. On pourrait dire que la dogmatique est effectivement constitutive de l'homme comme animal parlant, qu'elle fixe la limite et le cadre, permet à la société qui le dépasse de fonctionner — mais ce serait paraphraser Legendre (dont je ne comprends pas qu'un historien réduise son propos à une dimension historique comprise de travers — en fait si, c'est de l'ethnocentrisme). Mais non, la sociologie emprunte la voie de l'idéologie du juste, de l'égal, du rationnel, pour proposer de changer les liens sociaux, de les optimiser, de les rendre meilleurs à leur sens (dogmatique, pourtant, mais "rationnel", issu de la longue tradition de réflexion occidentale que les chrétien ont digéré depuis les Grecs en passant par les Romains).

Les autres qui m'auront bien amusé auront été les anthropologue, qui dans le même goût auront expliqué que tel ou tel peuple sur son île du pacifique ne voit aucun inconvénient à vivre de telle ou telle manière (en l'occurrence : vivre avec une personne du même sexe selon les rites habituels), et que cela est donc tout à fait applicable en l'état chez nous. J'ai vainement attendu que l'on nous parle des cannibales, comme chez Sade, mais ne désespère pas un jour de pouvoir enfin manger mon voisin en toute quiétude. Reductio ad absurdum.

Sur ce, étant tout aussi contre le mariage gay (pour raisons intellectuelles) que contre le mariage hétéro (pour raisons libérales logiques — avant on se battait contre le mariage, les fumeurs d'herbe des années 70 était plus consistants que nous, ça fait peur...), j'assisterai au premier comme j'assiste déjà au second. Il ne faut jamais rater l'occasion de faire une bouffe (en attendant de trouver son voisin au menu).