Forcément, la souris veut voir le dernier Gondry. Il est vrai qu'il répond bien à son cahier des charges de délire intelligent. Il paraît que "l'écume des jours" de Boris Vian avait une réputation d'inadaptable : je n'ai strictement jamais lu de Vian, que j'ai découvert en tant que personnage très récemment — mais il semble qu'il soit une idole incontournable de littéraire, je ne connais que trois filles qui peuvent en multiplier les références directes naturellement (ce qui me fait penser que ça donnerait un test palpatino-compatible saugrenu et inattendu...). Bref, de ce côté, je ne m'attendais à rien — si ce n'est que j'avais déjà entendu quelques critiques, que je rejoins finalement.

Audrey Tautou et Romain Duris me semble un peu trop accuser les années pour leurs rôles respectifs, mais passons (ils ont toujours leurs minois de jeunes premiers, dirons-nous). Le parti-pris d'effets-spéciaux de carton-pâte est par ma foi bien réussi, dans le genre, et me fait beaucoup penser, pour le délire, à Entr'acte René Clair — d'ailleurs à un moment la musique ressemble plus clairement à celle de Satie. L'idée est d'ailleurs de baigner dans un monde surréel, à la fois en 2013 (confirmation par l'âge de l'avocat-serveur — Omar Sy —, dont on montre la carte d'identité à un moment ; ce qui confirme que ce sont les travaux de rénovation des halles que l'on aperçoit, et non leur construction ?) mais surtout dans des années 60... un peu futuristes (comme on savait le faire à l'époque, avec les délires autour de l'usine et du taylorisme à la Brazil). On s'y moque d'ailleurs beaucoup de JP Sartre (devenu Jean-Sol Partre), sans que la référence ne nous dise plus grand chose aujourd'hui (et le personnage de Gad El Maleh de s'autodétruire par la drogue (s|p)artrienne sans qu'on n'y comprenne plus rien).

Il y a de l'idée, il y a plein d'idées. Le délitement du scénario est dû au ton du livre, m'a-t-on expliqué, mais c'est cependant ce qui donne une espèce de goût d'inachevé. Et en même temps, le tout ne tient pas tout à fait, il manque de ressort, de liant, de vie peut-être — ce qui est un comble ! Comme si tout à coup des acteurs s'étaient retrouvé là à vivre aventures et mésaventures sans trop savoir ce qui se passait. Et du coup, ça ne marche pas vraiment totalement. Un sentiment mitigé.