Après Khatia, Julia : Pleyel nous gâte ! Joies hétérosexuelo-musicales en série, la petite blonde germaine était de retour, après nous avoir manqué affreusement en septembre dernier : c'est que malgré mon grand amour unilatéral de Julia, celle-ci n'arrête pas de me faire des enfants dans le dos. J'ai eu peur que ce concert-ci de vendredi dernier ne soit aussi annulé, mais c'était notamment l'une des raisons pour laquelle je n'avais pas suivi une joyeuse troupe d'amis à Budapest : n'ayant pas pu me rendre à Berlin en pèlerinage pour la voir dans une série qui lui était consacrée (mais peut-être avait-ce aussi été annulé ?), j'étais en grave manque de Julia. OK, il y a un PLV de 1m40 dans mon salon — ce qui, compte tenu, de la taille de la violoniste-de-poche, doit être près de l'échelle 1:1 —, mais ça ne suffit pas ! Julia ! Julia !

L'orchestre de Radio France accueillait aussi un jeune chef efficace, Vasily Petrenko, pour un programme binaire, l'hyper-connu & sur-joué Concerto pour violon de Tchaïkovski, suivi de la Symphonie n°4 de Dmitri Chostakovitch. Avec la souris, on s'incruste en bord de rangée F, avec un très bel angle sur la soliste ; malheureusement, une mini-gamine se place juste après nous, et si elle est arrivée à tenir 30 minutes sans gigoter, elle fut ensuite insupportable à tambouriner sur son suréleveur. Misère ! Décision fut d'ailleurs prise d'émigrer, pour la seconde partie, au second balcon, où le son monte si bien que nous pûmes nous pâmer au-dessus d'un orchestre de 117 musiciens (j'ai compté, +/- 5% de marge d'erreur).

Julia Fischer au violon, c'est la perfection. Elle a cette manière de se déplacer, de se pencher en arrière, d'être extravagante et chic en même temps. Elle est indéfinissable. Et elle est incroyable. Et en bis, elle nous joue une espèce d'Hindemith impossible (Sonate op. 11 Nr. 6 - Finale) comme si c'était la chose la plus naturelle du monde. On peut écouter tout ça par ici. Et puis c'est l'une des rares violonistes à qui l'on pardonne de nous refaire ENCORE la sarabande de Bach en bis. De toute façon, quitte à mourir d'overdose, autant que ce soit de Julia — petite mort !

À la fin du concert, il y avait séance dédicace (j'ai repéré un nouveau PLV qui irait très bien dans mon salon, à côté de celui de Poème). Julia était en tenue bourgeoise, simple et fort élégante (un peu dans un esprit malthidien avec moins de fantaisie, fort différent d'autres solistes). Comme d'habitude, j'avais oublié d'apporter un CD pour la dédicace (en fait je crois qu'ils sont tous dédicacés, mais j'ai le DVD où elle est aussi au piano — Julia est une déesse donc omnipotente), alors j'en ai acheté un que je n'avais pas encore (mais en fait... c'est un SACD, et je les lis mal chez moi). J'ai eu mon (énième) gribouillis, et je me suis senti bête, parce que j'ai commencé à apprendre l'allemand il y a deux ans pour comprendre Wagner dans le texte ET pour déclarer ma flamme à Julia, mais elle est tellement douée qu'elle parle à présent français quasiment sans accent. Même qu'elle donne des interviews en français (dont on peut deviner la non-traduction à quelques fautes classiques des germanophones dans la construction de phrase), et bon sang que cette fille est gravement intelligente. Bref, les dédicaces ne sont décidément pas géniales pour speed-dater.

Cependant, j'ai été un très mauvais fan. Parce que j'aurais au moins pu lui souhaiter un joyeux anniversaire, pour ses 30 ans, le lendemain même — je sais depuis fort longtemps que nous sommes de la même année, et en plus je savais qu'elle était de juin ! Mais j'ai perdu mes moyens, voilà, quoi, je n'ai pas vérifié. Comme elle est mariée depuis belle lurette (oui, quand même...), j'ai donc décidé d'un plan diabolique en deux parties (très en phase avec ma reconversion en juriste) : 1/ militer pour la reconnaissance de la polygamie ;  2/ demander sa main (la 2e, qui est encore libre, et puis elle se bague à droite) à son père (c'est old school, mais la méthode a montré ses preuves pendant quelques centaines d'années).

En attendant, je confesse acte de contrition pour avoir oublié son passage à la trentaine — à la maturité et la beauté infinie de cet âge sur les femmes parfaites, soit la définition même de Julia.