"Le Congrès" est à ranger dans la catégorie des OVNI qui passent rapidement dans les salles. Il faut aller rue des écoles pour trouver encore des séances. Ari Folman avait déjà montré ses talents de réalisateur graphique dans "Danse avec Bachir". Avec cette oeuvre centrée autour de Robin Wright, on peut dire que son sujet est d'une originalité extrême. Problème : il ne sait pas trop où il va, et le film nous emmène dans une direction, puis une autre, et on a un certain sentiment d'inachevé. On commence avec cette idée ingénieuse : les acteurs vont disparaître, numérisés ; Robin Wright (qui interprète donc elle-même) a fait des choix de carrière brillants dans sa jeunesse (Forrest Gump notamment), mais ensuite, elle a dévié, avec des choix moins heureux, et puis il y a son fils aussi qui lui prend beaucoup de temps, car d'une santé fragile. On lui fait l'offre de sa vie : la transformer en nouvelle égérie rajeunie pour l'éternité, mais exclusivement numérique.

La première partie est donc classiquement filmée, selon une fine critique du cinéma actuel — surtout à l'ère où les acteurs tournent sur fond bleu la plupart du temps. Mais la plus grosse partie se déroulent ensuite, dans un monde psychédélique de dessins animés. Je lisais "malaise dans la civilisation" de Freud le jour même, justement. Citons wikipedia :

    La vie est trop dure pour nous. Pour la supporter, nous avons recours à trois sortes de remèdes :
        (1) puissantes diversions pour oublier notre misère ou y attacher peu d'importance (ex : activité scientifique) ;
        (2) satisfactions substitutives qui diminuent la misère (ex : art) ;
        (3) stupéfiants qui nous rendent insensibles à notre misère (ex : drogue).

Le cinéma (l'art) évolue via la science vers une sorte de drogue hallucinogène qui rend le monde réel miséreux absolument psychédélique, sans frontière rationnelle, délié de tout (absolu). Fuyant ainsi le monde réel, le monde imaginaire se sépare de plus en plus, il dépasse les sens mais fait courir au monde un péril imminent et définitif, représenté dans la scène finale (manifestement tournée à Berlin à l'aéroport Tempelhof !). Est-ce quelque part une anaphore du monde scientifisé qui s'échappe de plus en plus du réel pour nous emmener on ne sait trop où, mais certainement pas à bon port ? Le film s'achève dans un maelstrom d'idées plus ou moins abouties, perdant le spectateur, et laissant sur une impression mitigée entre fascination et interrogation interloquée.