Roy Lichtenstein est bien connu pour ses BDs de blondes en pointillisme d'impression. D'impression et non d'impressionnisme : l'idée est de reprendre en peinture la méthode utilisée dans les imprimeries pour faire baisser les coûts, en utilisant moins d'encre. L'artiste répète alors sa méthode à l'infini en cherchant à effacer le plus possible la trace de sa main : quelque part, c'est l'ancêtre de l'infographie et du photoshopping. Ça a commencé un peu comme une parodie, avec du Disney. Il avait déjà la quarantaine (il est né tard). Et puis il a exploré en long, en large et en travers, quelques dizaines d'années durant, la même thématique, sur des tableaux, sur des sculptures (tableaux en 3D, portrait-mannequin, etc.). Forcément, à un moment, on tourne en rond.

Avec la souris et @Zoe_2b, rencontrée IRL pour l'occasion, on a bien senti le timing : 14h30 à Pompidou, file d'attente ridicule. Deux heures plus tard à la sortie, c'était beaucoup moins drôle. Et encore, on a mis un bout de temps pour faire le tour, avec le monde déjà présent à l'intérieur, qui se trouve inévitablement dans le champ de vision des oeuvres. L'organisation se fait assez classiquement par périodes. J'ai particulièrement apprécié la période post-BD (où l'on peut rire sur les copyrights ostensiblement apposés, alors même qu'il s'agit de plagiat d'autant plus évident que les planches originales "empruntés" figurent en contrepoint), où Lichtenstein explore la gent féminine. C'est d'ailleurs ce qui est le plus connu.

Toute l'âme de la femme en quatre tableaux. "Oh Jeff, I love you, too... But..." (au téléphone, reste simple dans ta tête surtout), "That's the way it should have begun! But it's hopeless!" (éplorée, tourne en boucle), "M-Maybe he became ill and couldn't leave the studio" (les filles qui se font des films, tellement vrai !), et celui vécu cette semaine même, "I don't care! I'd rather sink than call Brad for help!" (avec une vague de Hokusai emportant une brune, pour une fois). Criant de vérité.

Il y a des réussites, il y a beaucoup de consommable assez facilement oubliable — malédiction du pop art, forcément. Et puis à la fin de sa vie, "il se penche sur le nu", la femme nue. Il n'est jamais trop tard ! Et surtout, tout tout à la fin, l'année de sa mort, en 1997, à 74 ans, il réalise trois grands formats très inspirés de l'art chinois, toujours selon la même méthode du pointillé au pochoir, qui sont absolument magnifiques. Comme quoi, il faut parfois savoir persévérer...

En "bonus", l'exposition à côté porte sur l'oeuvre désastreuse de Simon Hantaï, un truc épouvantable avec des couleurs horribles, des dessins abominables, des formes absconses, bref, un artiste à fuir, sauf à vouloir déprimer, cauchemarder et avoir les yeux qui saignent. Heureusement, on peut d'autant plus faire rapidement le tour que les quelques visiteurs égarés fuient tout aussi vite...