Innovation ! Innovation !! Tout le monde saute comme des cabris. Industrialisation ! Croissance ! Nouveaux buzz words. Exit l'omniprésent leader d'il y a deux ans. Il a vécu, maintenant c'est Schumpeter et Solow, il faut du neuf pour détruire le vieux et continuer la fuite en avant vers on ne sait où — mais Marx a une idée sur la question, et une réponse à la con pour ça. Et qu'est-ce que ça vaut, l'innovateur et l'innovation, en France ? Lundi, trophées Cap'Tronic. Mardi à jeudi, salon Enova (renommé pour l'allitération), avec encore des trophées le mardi soir. Un peu l'école des fans, tout le monde repart avec un prix. À vot' bon coeur messieurs-dames ! Si on n'a pas un beau truc en verre à mettre sur une étagère surchargée, on a un diplôme et un bisou d'une jolie fille. Life achievement.

"Que faut-il pour innover", demande-t-on lundi à un vieux bedonnant et une jeune-cadre-dynamique ? Le premier : "produire, produire d'abord, produire toujours, voir ensuite pour l'innovation" — traduction : "épargner, thésauriser, voir plus tard si on fait quelque chose d'autre dans un monde où de toute façon je suis tout seul, et puis bon, ce n'est pas vraiment mon argent, l'étude est payée par OSEO/CEA, et le produit financé par OSEO-BPI". La seconde : "il ne faut pas hésiter à repousser la sortie du produit pour qu'il soit parfaitement prêt, nous-même on a reporté d'un an !" — traduction : "le TTM je ne connais pas, et de toute façon je n'investis que de l'argent de l'État, alors forcément mon TCO est stable, et la concurrence n'existe pas, surtout que notre produit est déjà inventé partout ailleurs depuis 3 ans".

Bon bon bon... Et sur le salon ? Rien fabriqué en France. Et la mort dans les allées. Pays à l'arrêt. Et non, le reste du monde industriel, au hasard de l'autre côté du Rhin, il va très bien, merci pour lui. Sur le stand abandonné, discussion avec le commercial : même pour les profils d'experts, c'est très difficile. Je confirme, je frise le dépôt de bilan. D'ailleurs il va falloir que j'envoie, pour la première fois, une lettre aux URSSAF pour leur demander de payer la moitié — la part patronale — plus tard. Sinon c'est la mort, aussi.

Pendant ce temps, l'État français innove de nouvelles taxes. Allez, quelques bonnes nouvelles : le carnet de commande se remplit de nouveau (un seul client payant directement, il récupérera du CIR plus tard — le reste c'est de l'aidé), et le statut de JEI va se remplumer. On se contente de pas grand chose. Mais n'oubliez pas : "Innovation ! Innovation !" Méthode Coué. On y croit. C'est de la foi. On y revient...