J'ai bien failli ne pas assister au concours. C'est que je pensais que les filles seraient le mercredi — alors que j'avais un client toute la journée — et les garçons le samedi. Que nenni. Du coup, je n'avais point de place, mais on m'a trouvé cela. Arrivée à 14h00, pour les sujets, les sujettes quoi. Et c'est assez crevant pour s'en contenter, en fait : voir une dizaine de fois la même variation la plus insipide possible (un machin de Raymonda), suivi par une prestation libre où l'on a beaucoup de redif — vive l'originalité ! —, c'est long. Mais c'est entre amis — amiEs, dirais-je même, parce que c'est très genré cette histoire, mais au moins ai-je la preuve que le truculent Agence Danse Presque est tenu par l'un des rares messieurs balletomane.

Évidemment, comme chaque année, chez les filles, le classement n'aura ressemblé à rien. La spoliée, puisque Mathilde a enfin fui, fut sans doute aucun Sarah Kora Dayanova, qui après Fanny Fiat et Mathilde, justement, est bien positionnée pour les primés-de-l'AROP-promis-à-un-grand-destin qui resteront à jamais des chouchous-du-public sans monter en grande dans la pyramide égalitariste (un hypocrite oxymore bien français !). De toute façon, on serait bien en peine de distinguer réellement, d'un point de vue strictement technique, celle-ci de celle-là ; et niveau personnalité qui devrait faire la différence, il faudrait un peu plus d'originalité partout. Bref, on ne sait pas où on va, comme toujours depuis quelques années. Mais on y va... Sans coryphée primée, d'ailleurs, car le jury a choisi de ne pas choisir. Affres de l'élitisme à la française, ce concours à la naphtaline, qui suscite autant l'admiration que le rejet, est le miroir parfait des errements du français et de la France. Au final, seul le ballet de San Francisco en a ironiquement plutôt profité.