"Quai d'Orsay" m'a rappelé "L'exercice de l'État". Mais là où le film de 2011 était une tragédie, le film de Bertrand Tarvernier est une comédie grinçante et parodique de cet État boursoufflé français qui rame avec ses moyens dérisoires et datés. Des conservateurs de musées malgré eux courant après le temps. Bref, ça m'a rappelé la comparaison de la France avec une vieille godasse.

Le film réjouit, parce qu'il sous-entend. J'ai mis un bout de temps à comprendre que l'on parlait bien de Villepin (sous les traits de Thierry Lhermitte ! Qui avait d'ailleurs déjà joué un ministre dans une autre comédie grinçante du genre, "Promotion canapé"), mais à force d'Ourse Cannelle obnubilant le Président, de ministre de l'Intérieur qui agace, de poésie à tout bout de champ, du jogging et autres références (la plus amusante à mon sens étant l'apparition en caméo du vrai Bruno Le Maire, qui a commencé sa carrière dans la soupente du ministère des affaires étrangères à ce moment précis, si je ne m'abuse), on commence à se douter — les dates ne peuvent en revanche totalement coïncider avec la réalité. Le point d'orgue reste la toute fin du film, le fameux discours à l'ONU, dont on peut suivre tout l'accouchement difficile par son véritable principal rédacteur, Raphaël Personnaz, le petit nouveau dont on se dit assez rapidement qu'il doit être le scénariste aussi (et pour la peine, la BD que je ne connaissais point a en effet été réalisée par un ancien jeune nouveau du ministère à cette époque-là : ça sentait trop le vécu).

Dérision et impertinente pertinence, quand les papiers volent, que le stabylo est maître — même sur un écran d'ordinateur, chose fort étrange pour un ministre —, que l'on se fait des coups fourrés entre collègues, que le ministre divague et que le chef de cabinet nettoie, gère, persuade, agit dans l'ombre, fait marcher tout le bordel. On ne sait plus trop, assez rapidement, s'il faut en rire ou en pleurer. Tout ce beau monde qui s'agite dans son vieux bocal dérisoire, avec une érudition forte, et une action misérable. On choisit d'en rire, momentanément. Mais on peut suspecter la réalité d'être pire...