Je dois souvent le répéter (la vieillesse...) mais Anne Sofie von Otter est l'une de mes chanteuses préférées, car elle m'a fait (re)découvrir l'opéra, il y a maintenant presque dix ans. Alors quand elle vient, j'essaie de la voir — en l'occurrence, j'avais bien noté la date, j'ai pu racheter un billet dans la semaine, mais j'aurais pu en avoir un sans problème au guichet car le National de Radio France ne sait toujours pas remplir une salle malgré des programmes très alléchants.

Le Philharmonique de Radio France avait donc concocté pour vendredi dernier, à Pleyel, un programme Kurt Weill. Ça faisait très longtemps que je n'avais entendu "Les sept péchés capitaux", et ce n'était pas en version originale allemande à l'époque. Cette partition est merveilleuse, et le texte qui l'accompagne me donne envie de l'étudier avec mon professeur d'Allemand. Si Anne Sofie était Anna I et II, la famille était incarnée par David Lefort, Robert Getchell, Jean-Christophe Jacques et Geoffroy Buffière. On prie pour une version au disque de cette interprétation.

Après l'entracte et une retrouvaille avec Laurent, revenu exprès en France (non ?) pour cette musique qui le met dans un état incroyable (je cite), l'orchestre a pu entamer seul la Petite musique de quat' sous, qui compte des tubes interplanétaires, et qui mêle tout un tas de style de musique, de Haendel au jazz, dans quelque chose qui reste totalement accessible. Du pur génie.

Puis notre chanteuse préférée revient pour enchaîner "Surabaya Johnny", "I am a stranger here myself", "Speak low" et "The Saga of Jenny". Certes toujours avec un micro, car ces oeuvres relèvent plutôt d'un croisement entre cabaret et comédie musicale. Il est d'ailleurs fort intelligent pour la voix magnifique de Anne Sofie von Otter de ne pas s'acharner dans les techniques de projection ruineuses pour les cordes vocales à un âge avancé, alors que l'on compte les légendes devenues épaves, pour pousser la chansonnette avec un timbre et une technique formidables. Ovation, saluts — mais combien mesure-t-elle, au juste ? Et puis des rappels. Le malicieux chef HK Gruber nous avait prémédité cela avec grande malice : tout à coup, il se retourne sur un micro installé je ne sais trop quand, et se met lui aussi à chanter quelques vers en duo ! Le public est hilare. Même pour le deuxième rappel, selon le même procédé. Public ravi, avant une séance de dédicace par la merveilleuse Anne Sofie.