La "Giselle" de Mats Ek a sa réputation, et la souris aime le chorégraphe : je l'ai donc suivie au théâtre de la ville, sur ce créneau extrêmement étrange du vendredi à 15, trahissant bien le fait qu'au TdV, le public est essentiellement composé de professeurs, d'étudiants, de retraités, de fonctionnaires, de chômeurs, bref de tous ceux qui ne sont absolument pas dérangés d'avoir un spectacle en plein après-midi de reprise (c'est le 1er qui est férié, mes clients ont bien repris le 2, alors le 3...).

Le ballet de l'opéra de Lyon est parmi mes préférés, surtout qu'il s'est spécialisé dans le contemporain. Giselle a vécu son remix en 1982 (entrée au répertoire en 2009 cependant). Il y a un "environnement" Mats Ek, avec des couleurs criardes-pastels, des pulls en laine (où l'on voit assez rapidement, depuis le 3e rang, se former des tâches de sueur...), des objets incongrus ; et puis l'on danse en faisant le dos rond, assez étrangement, à la courbé sous le poids de la vie, mais sautillant tout de même. Je vous avouerais que l'esthétique de Mats Ek est pour moi souvent pauvre, de cette mouvance de la chaise plastique des metteurs en scène allemands, en plus bariolé. Pour ne pas suivre bêtement les canons, on crée autre chose, soit ; le risque est tout de même le moche.

Cette retranscription se laisse bien voir (sur la même musique, enregistrée), mais j'y vois deux principales limites. D'abord, par bien des aspects parodiques (sans être une parodie), mieux vaut avoir vu la Giselle originale ou bien connaître le classique, sinon les références en miroir vont manquer, et avec cela une bonne partie de ce qui est appréciable (le balletomane cultivé ne s'en rend même plus compte, mais je pense que j'ai mis longtemps à ne pas détester Mats Ek à cause de ça : c'est le problème de ce qui se construit "contre"). Ensuite, on épuise vite le maigre terreau dramatique, et faute de jolie Willis pour meubler, on finit par se languir définitivement en seconde partie dans l'asile de fous.

"Oui bon voilà", pourrais-je en retenir, alors que deux collines vertes en forme de nichons, après un prince qui nous a montré sa quéquette ait retrouvé de quoi se mettre sur le dos...