Après le Mats Ek du TdV le vendredi, "Les nuits" de Prejlocaj à Chaillot, samedi soir, ça faisait p'têtre un peu beaucoup de contemporain à grosses cuisses. Un peu le même problème de WTF : je crois que l'Histoire ne retiendra vraiment pas grand chose de tout cela. Ça me fait penser à Auber : heureusement qu'il a la chance d'avoir une rue autour de l'opéra, du temps où il était extrêmement célèbre, ce qui correspondait à la construction de Garnier, et coup de bol d'avoir une station de RER associée, parce que sinon ça en était totalement fini de lui. Et bien "les Nuits", c'est une fort bonne idée de départ qui ressemble à des bains turcs de Ingres, avec cette chair féminine nue lassivement mélangée, très appétissante vue du 3e rang, mais qui commence à partir en live dès l'arrivée de quelques talibans énervés. Le summum du n'importe quoi est probablement la longue séance de rasage gay-terroriste...

Les tableaux se succèdent, alternant un peu tout ce qui peut passer par la tête d'une vision du Maghreb, entre mille et une nuit et boîte de nuit, depuis les tapis jusqu'aux voiles. Ça sonne d'autant plus étrange que pas une seule fille n'a le bon typage — et ce n'est pas faute d'avoir un beau melting pot dans la compagnie du chorégraphe. Oh il y a de la bonne musique (Natacha Atlas et Samy Bishai, 79D), et quelques bonnes idées, en plus des costumes (souvent contestables) du franco-tunisien de génie Azzedine Alaïa. Mais pour faire transition dans ce collage qui a du mal à tenir, on utilise la technique du DJ des plages, en faisant un fondu — en l'occurrence, une chorégraphie se termine en fondu (par exemple il ne reste que deux danseurs sur scène parmi le groupe), pendant qu'une autre prend simultanément le relai. Do it yourself de la danse... Pour une idée aussi pompeuse que le "symbole de la féminité comme dernier rempart face à la barbarie" (man dieu man dieu, l'idéologie actuelle...), c'est un peu maigre.

Ça tape dans les 1h20, et il n'en fallait vraiment pas plus : c'est extrêmement oubliable, à part la première séquence transpirante et pour le coup aussi esthétique qu'érotique. Le reste n'était malheureusement pas à l'avenant.