"Robots" de Blanca Li a été un sacré coup marketting pour les fêtes : on en a parlé partout ! Pour ma part, nul besoin de cela pour prendre une place : les robots et la danse, deux de mes passions ensemble, ça méritait le coup d'oeil juste pour avoir osé. Direction TCE, une loge un peu planquée et obscure du parterre. Ça commence fort bien, avec des projections malines sur un danseur devenu bionique. Et puis ça se met à nous raconter une espèce d'histoire de l'humanité, d'abord nue ; et puis les machines, basiques, qui font de la musique — très bien pensé, cette machinerie musicale, et pertinent au regard de l'orgue de barbarie, utilisant les cartes perforées, soit le début même du stockage de données et de programmation informatique ! Les robots arrivent ensuite, succédant aux travailleurs en bleu de l'Organisation scientifique du travail et du métro-boulot-dodo réglé, et ce n'est vraiment la poubelle animée, fort amusante, ni l'aspirateur autonome qui est la star : c'est Nao.

Cinq robots Nao, dont le premier est sorti de sa caisse et entame un pas de deux comme un bébé qui vient de naître. Le danseur arrive à une belle harmonie avec le sac à puce bête comme un manche à balai, qui fait admirablement illusion. Lorsque les cinq robots se mettent ensemble, ça marche à peu près, nonobstant les fois nombreuses où l'un se casse la figure, dans les équilibres toujours précaires, se relevant par le programme automatique, devant attendre pour se resynchroniser, pas forcément bien aligné par rapport à la scène. Les danseurs ont tous appris une chorégraphie de secours, au cas où, les répétitions ayant montré une certaine tendance à l'auto-destruction digne des heures sombres de Marvin...

Le logiciel interne d'Aldebaran s'appelle Chorégraphe. C'est une très belle pièce, en Qt, que j'ai vu lorsqu'il était tout basique ; à ce niveau-là, il faut saluer le progrès qui a été fait (il faut dire qu'à l'époque où j'avais fait du code pour eux — qui tourne toujours sur le robot, paraît-il, un connecteur de bus logiciel —, on était une quinzaine, ils sont maintenant environ 300...). Mais il faudra encore beaucoup, beaucoup de temps... Et forcément, le relai est pris par les danseurs, dans une espèce de bordel festif, faisant alterner les scènes burlesques, perdant malheureusement le fil poétique du début au profit du meublement fun — ça dure 1h30 à tout casser, sans entracte.

Au final, le pari était osé, l'idée de départ sur l'homme-machine (thématique à la Ghost in the Shell) intéressante, et le résultat fort plaisant.