Je me souviens avoir vu cet Alcina, avec cette mise en scène de Robert Carsen, au même opéra Garnier, en 2007 : j'avais cassé ma tire-lire, parce que ça semblait génial. Ayant depuis appris les mystères de l'art ninja, c'est avec 12€ et ma souris (en replacement sur le pouce d'Hinata-chan qui ne se sentait pas d'affronter plus de 3h30 d'opéra dans une loge) que j'ai pu profiter tout aussi bien, mais de côté — ce qui a une incidence à un moment, la mise en scène en gigogne étant parfois bien plus appréciable de face.

Dans la fosse pour cette nouvelle mouture recyclée d'Haendel, dont c'était la dernière mercredi de la semaine passée (le 12, en somme), Christophe Rousset, venu accompagné de ses Talens Lyriques, pour une interprétation superbe (ce violon solo ! Cette violoniste solo, d'ailleurs !). Alcina se distingue par deux aspects : son livret un poil alambiqué, sur une thématique de l'inépuisable Orlando Furioso, où des femmes jouant des hommes sont en fait vraiment des femmes (du moins une, les autres restant trans — un vrai opéra-gender !), et des airs à foison qui en font un juke box jamais lassant malgré la longueur (et deux entractes). Il fallait donc de la voix.

Qui est donc Myrtò Papatanasiu, dans le rôle-titre d'Alcina ? Quelle voix ! Quelle prestance ! Quelle gueule ! Quel corps ! Quelle prestation ! Quelle chanteuse soprano lyrique de la mort qui tue ! Il ne faut surtout point la rater : c'est impressionnant de bout en bout, tout y est. Heureusement, le reste de la distribution n'était pas en reste : Anna Goryachova pour Ruggiero (qui est donc un homme) était superbe aussi ; il y avait l'omniprésente Sandrine Piau en Morgana cabotine (qui a quelques très grands airs, tous parfaitement maîtrisés, un vrai plaisir !) ; Patricia Bardon en Bradamante (ceci n'est pas un homme, mais au début si), irréprochable ; Cyrille Dubois en Oronte, qui dégaine sa petite cuiller comme une épée, et m'a rappelé les grands qui ont déjà interprété ce rôle dans leurs jeunes années ; et enfin Michał Partyka en Melisso, qui me semble-t-il n'a pas grand chose à chanter mais s'est fort bien acquitté de sa tâche.

Ajouté à la mise en scène drôle, poétique et remarquablement bien transposé de Carsen, qui s'est fait plaisir en disposant des hommes nus un peu partout (ça existe des metteurs en scène hétéro, au fait ? Ce serait pour un Venusberg), la soirée était absolument parfaite. Comme quoi, ça peut encore arriver à l'Opéra de Paris. C'est dans les vieux pots (de 2002 me semble-t-il), etc.