Cette semaine, mardi-mercredi, c'était Nuremberg. Pour le pèlerinage annuel. Le monde de l'électronique et de l'informatique embarqué. Le monde, vraiment : on y vient des USA, du Québec, du Japon, pas mal de Chine et de Taïwan. Même d'Inde. Mais le principal est local, allemand : la puissance de feu de l'industrie allemande en direct-live. Pas de vains mots à la télévision. On y voit les hordes commerciales dans le même costard, nom de la boîte sur le col de chemise, cravates assorties aux couleurs de la société. Il paraît que le matin, une bonne heure avant l'ouverture du salon, tout le monde nettoie avant le speech du patronn qui distribue bon et mauvais points. Efficacité. Les filles (qui sont des employées même des entreprises !) sont derrière le bar, et servent à boire, à manger, tout le temps — oui, c'est très genderisé, trop même, ça frappe. Plaquettes à foison. Démos impressionnantes, attractions récréatives, on doit rivaliser d'imagination pour attirer le regard ; les asiatiques, sagement derrière le comptoir, l'anglais peu assuré, sont les grands perdants de la comm'. Et encore, c'était beaucoup plus avant. "Avant", tout le monde en parle avec des larmes dans les yeux — je n'ai connu que la queue de la comète, mais je me souviens, il y a 10 ans, oui... Et encore, je n'ai connu que la France : ici, à présent, c'est vingt fois moins environ (l'année dernière, il y avait 30 stands dans le plus grand des salons français, RTS). La France est morte, l'Allemagne nous dévore au Frühstück. Aïe.

L'embedded world de Nuremberg, c'est à la fois la promesse d'un monde meilleur — la crise semble toucher à sa fin, les projets sont solides et devraient aboutir, le public a gagné en qualité d'après des témoignages concordants —, et le désespoir de notre pauvre état hexagonal exsangue. On sait (et on voit !!) pourtant la différence : le tissu d'entreprises de tailles intermédiaires, qui fabriquent des produits, qui ont la masse critique en terme de ressources internes (100 à 300 personnes) et de cash, qui font de la marge, qui ont un marché interne suffisant pour se développer. En France, les clients sont mous, subventionnés, et au final le bout de la chaîne de sous-traitance n'a intérêt qu'à travailler pour les mastodontes du militaro-industriel ou de l'avionique étatiques, qui au moins paient, mais dont on peut tout de même se lamenter quand on constate que 40.000 personnes (dont 2/3 d'ingénieurs) ne peuvent pas fournir le service d'une société d'expertise d'une dizaine de personnes. La France est lamentable. Mais on ne veut pas le voir. Pourtant, on sait comment prendre l'avantage sur notre cousin germain rigide. Simplement, on n'en a plus les couilles, il n'y a plus de jus, aucune ambition, aucune force, pas de rage. Nous sommes des mous. C'est ça qui est réellement déprimant.