Ces temps-ci, au Théâtre de la Ville, James Thierrée est de retour avec un nouveau spectacle. En soi, c'est une révolution à bobo-land et au-delà même de ses frontières, car la réputation de l'arrière-rejeton chaplinesque grandit de jour en jour. Bref, c'était blindé, et heureusement qu'Isabelle Ciaravolla faisait opportunément ses adieux le même vendredi soir (il y avait aussi les César, en face au Châtelet, pas la première fois que cette coïncidence arrive), parce que cela m'a permis d'échanger ma place du mercredi, où j'étais dans un avion. Réserver un an à l'avance, c'est quand même la plaie quand on n'est pas prof inamovible (ok, je suis une minorité).

"Tabac rouge", c'est toute une troupe. Ça s'étoffe. Il y a six ou sept petites demoiselles flexibles et sautillante, une femme-chewing-gum et un acolyte de surréalisme. Il y a toujours une grande structure métallique avec laquelle on noue des relations difficiles, à se battre contre elle, à l'utiliser, à l'aimer, à la démonter (et à essayer de ne pas se la prendre dans la tête quand elle tournoie au dessus...). Il y a toujours des animaux étranges, des ombres, de vieilles fanfreluches, de vieux meubles. Chez Thierrée, rien n'est évident, tout peut résister et tout peut s'effondrer. Un membre peut entraver ou se désarticuler à tout moment. Tout peut arriver. Du burlesque (qui fait rire le public pour un rien, ça me dépasse toujours, cela) au drame inexpliqué, il n'y a qu'un pas.

De l'ambiance surnaturelle naît une forme de poésie propre à un monde made by/in James Thierrée. Une fois par an, le rendez-vous est pris pour que le pantomime et la contorsion donne quelque chose d'indescriptible et de plus élevé. Forcément un succès.