Ça devait être une flute enchantée, mais suite à une grève des intermittents en CDI bien payé de l'ONP, ce fut Wes Anderson : "The Grand Budapest Hotel" promettait soit une déception, soit un émerveillement. Hé bien ce fut assez jubilatoire, un petit Brugel délirant ciselé, narré comme un conte passé à la lessiveuse-enjoliveuse des histoires passées de bouche à oreille, sur une époque nostalgique en transition.

Anderson sait magnifier et aussi dénicher. Le jeune Tony Revolori (Zero) est épatant — la petite Saoirse Ronan qui lui donne parfois la réplique est tout aussi délicieuse dans ses pâtisseries. Et puis il y a Ralph Fiennes en maître d'hôtel de compétition qui porte le film, un alter-égo torturé Mathieu Amalric et très rapidement Léa Seydoux en soubrette (formidable ! Sensationnel !), Adrien Brody en hériter maléfique assisté du diabolique tueur Willem Dafoe (la gueule de l'emploi !). Tout cela à partir d'une discussion entre F. Murray Abraham et Jude Law. On y croise les habituels Bill Murray, Edward Norton, Jeff Goldblum, Harvey Keitel, il y a même Tilda Swinton : quelle collection !

Ce film est un petit bijou, comme une maison de poupée animée. On y raconte une histoire tendre sur une trame de violence pure, mais sans paraître. Et il a ce goût mélancolique des choses achevées et passées, bonnes comme mauvaises, avec ce petit pincement d'espoir qu'autre chose de nouveau va venir les remplacer, et que si l'on y perd d'un côté, on y gagnera certainement de l'autre.