"Monuments men" n'est pas fait pour le critique cinéphile qui cherche l'esthétisme et l'originalité conventionnée. Oui, George Clooney fait du conventionnel académique, avec une bonne louche de patriotisme américain en plus. Il mélange de l'humour et de la mort à la seconde guerre mondiale — ces salopards de ricains, on sent qu'ils ont trop lu Shakespeare, pas foutu de faire du pathos-chiant de A à Z. Bon, parfois c'est un peu mou. Pour compenser, on a une brochette d'acteurs un peu de folie — George Clooney, Matt Damon, Bill Murray, John Goodman, Jean Dujardin (toujours meilleur dans les rôles muets), Hugh Bonneville, Bob Balaban, que complète Cate Blanchett.

Oui, c'est un fort bon film. Pas par sa manière de raconter en soi, mais par ce que ça raconte, et mine de rien, à tout un chacun : l'art, le bel art, cela dépasse même les hommes, c'est la fondation, les bases de notre civilisation ; quand la guerre sera finie, il faudra reconstruire, et pour cela, les fondations sont nécessaires. Hitler le sait aussi, qui veut s'accaparer les oeuvres et les trier (ce qui est "dégénéré" étant brûlé), pour les collecter à son profit et celui de son projet de refondation idéologique. La bande de pieds nickelés, des conservateurs, historiens de l'art, directeurs de musées et autres, partent à la chasse aux trésors sur le continent européen pour qu'après le débarquement, tout soit comme avant.

Le quidam est tel le militaire : ces considérations lui passent largement au dessus de la tête. L'art est un truc poussiéreux dans un musée où l'on ne va jamais. En remplissant les salles par ce divertissement grave retraçant des faits réels (cachet "historiquement approuvé"), Clooney arrive à raconter un pan inconnu et pourtant important d'une histoire porteuse de sens : que l'art est le miroir émouvant de l'homme, et qu'il lui sert à transmettre ce qu'il est profondément. Ce n'est pas du Michel Ange, mais ça fait toucher du doigt pourquoi celui-ci compte plus que tout.