"Diplomatie" est un film court mais intense, quasiment du théâtre d'affrontement verbal, de joute et de séduction, entre deux monstres, André Dussollier (ambassadeur suédois, Raoul Nordling) et Niels Arestrup (gouverneur nazi de la ville de Paris, Général Dietrich Von Choltitz). Il faut dire que les deux comédiens étaient aussi les interprètes de la pièce de théâtre éponyme de Cyril Gély il y a à peine trois ans, que met en scène ici le réalisateur allemand Volker Schlöndorff (un allemand parfait était employé couramment dans le film, dont le cachet est parfait).

La rencontre est censée se passer le 25 août, mais l'unité de temps (et quasiment de lieu, à l'hôtel Meurice) doit s'interpréter comme "ce qui aurait pu se passer", comme un condensé de ce qui a pris en réalité une dizaine de jours pour convaincre un général obéissant aveuglément aux ordres (y compris d'extermination de juifs sur le front russe, ce dont il est peu fier) à ne pas écouter les ordres du Führer et ne pas "brûler" Paris — et ce malgré, aussi, la condamnation acquise de sa propre famille par cette désobéissance. Toute la malice, la pertinence, la distillation de doute d'un ambassadeur brillant sert alors le but vertueux de sauver Paris : derrière le général, il y a un homme, et c'est à cet homme-là qu'il s'agit de s'adresser. C'est une parabole qui au-delà de l'Histoire nous en apprend plus sur l'homme en général, et les affrontements intérieurs fasse au pouvoir et à la déraison en particulier. Et cela par une arme : la parole.

"Diplomatie" est un film d'une grande intelligence, ciselé, mesuré, explorant les zones sombres de l'humain sans détour, dans les profondeurs de sa psyché. C'est un film rare.