Pierre Dulaine a un rêve : faire danser des enfants israéliens et palestiniens de sa ville natale de Jaffa. À presque 70 ans, celui qui a brillé sur les pistes de danse en couple enseigne à New York, mais veut réaliser ce dernier rêve. Il se fait accompagner pendant plusieurs mois par la caméra de Hilla Medalia, pour un témoignage d'1h24 : "Dancing in Jaffa".

Tout n'est pas simple : il faut convaincre des écoles de mettre en place des cours. Des juives, des musulmanes (où toucher le sexe opposé pose problème), et enfin une mixte. Les échecs à surmonter, coute que coute. Puis il faut marier les écoles entre elles. Et enfin... organiser un concours, où chaque couple est constitué d'un petit garçon et d'une petite fille, l'un palestinienne ou palestinienne, l'autre israélien ou israélienne, les parents mélangés dans le public.

La vision est idyllique, et l'on ne saurait trop s'attarder sur les enfants qui, refusant, sont plus ou moins chassés : le but à tout prix, la paix à tout prix, la vision d'un monde réconcilié par l'exercice politique de la danse à tout prix. Il est difficile de résister à ces belles scènes de partage entre des peuples qui s'ignorent royalement sur un territoire en tension de génération en génération. Pierre Dulaine lui-même, avec son nom pourtant très français, descend d'un irlandais et d'une palestinienne, chassés lorsqu'il était enfant — il parle cependant l'arabe. Sans ressentiment, prenant la mesure de ce qu'il faudra bien que les deux peuples apprennent à vivre ensemble, son projet se veut salvateur.

Évacuer l'aspect politique de la danse, voilà qui en dit un peu plus long — alors même que j'avais en poche "Le désir d'être un autre", de Pierre Legendre, qui ne traite que de cela. Pourquoi diable, à la fin, organiser un concours ? Tout l'occident y est : et finalement, entre ces deux peuples qui se haïssent car ils sont strictement les mêmes, mais en différent, qui ne veulent pas se connaître parce qu'on leur a toujours dit de ne pas se connaître, la troisième voie est celle-là même qui a conduit (mais on a oublié, déjà), à la catastrophe (apogée historique commémorée par les deux peuples le même jour : les uns pour se recueillir du sacrifice fondateur, les autres du martyre de leur désespoir actuel). La troisième voie, ce sera l'occidentalisation. Et l'on s'amuse à voir, parmi les scènes de ces enfants comme tous les autres, qui réagissent comme tous les autres (l'autre n'est pas en premier lieu musulman ou juif : il est garçon ou fille), les particularités des familles protagonistes, comme cette blondinette qui n'a pas de père, sauf que contrairement à la petite palestinienne (dont la mère s'est convertie), qui l'a perdu, son alter-ego israélienne est issue de la banque du sperme. Le multiculturalisme comme solution : seule l'école mixte pouvait remporter le concours.

Il faut se méfier de l'avalanche de bons sentiments : d'un particularisme, ne point faire une généralité. Mais il y a quelque chose de transcendant, qui réussit : on veut y croire. Sans trop se laisser avoir, non sans une certaine amertume de la réalité.