Le retour des Capulets et des Montaigus ("I Capuleti et i Montecchi") de Bellini à Bastille était plus que souhaitable : quel opéra, quelle mise en scène ! Jamais n'aurais-je parié que la dernière diffusion datait d'aussi loin que 2008 ! J'avais même pris une place via l'AROP, c'est dire. L'opéra n'a fait qu'une publicité extrêmement symbolique ; les tarifs ont augmenté de 20% depuis 2008 (ç'aurait pu être pire...) ; la salle était à moitié vide. Quel scandale ! Quelle occasion unique de faire découvrir l'opéra à la jeunesse ! Quel gâchis ! Où est passée la mission de service public de cette maison ? Ils réussissent le double-coup de transformer l'opéra national en sanctuaire à fortunés et à touristes (comme le prouve la pérennisation du double surtitrage en anglais, réduisant la partie consacrée en français, plus difficilement lisible, sans multiplier les panneaux comme dans tous les autres salles de chant, pour économiser sans doute trois bouts de ficelle), et de totalement foirer une politique commerciale digne d'un pays où la réflexion stratégique relève de l'insulte (bref, la France). Le pire du soviétisme et du capitalisme ! Bravo...

Heureusement qu'il reste des artistes, et lesquels ! Bruno Campanella dans la fosse fait des étincelles italiennes, quand Ekaterina Siurina en Giulietta et Karine Deshayes en Romeo font des merveilles. Oui, rappelons-nous, en l'an 184 avant Conchita, on pouvait faire jouer Roméo par une femme (maintenant, c'est l'inverse). Nous avons encore Paul Gay en Capellio, Charles Castronovo en Tebaldo et pour ce mardi 13 mai, Andrea Borghini remplaçait brillament Nahuel Di Pierro dans le rôle de Lorenzo. Distribution parfaite.

Le must du must reste encore le combo Robert Carsen/Michael Levine, à couper le souffle. À l'entracte, un gueux bourgeois médisait bruyamment au téléphone, déclenchant la consternation de la souris à qui je faisais découvrir cette inconnue et mésestimée pépite opératique. De l'action et de l'esthétisme ! De la passion ! Tout ce que l'on cherche. Il reste encore trois représentations.