L'île de Giovanni de Mizuho Nishikubo (61 ans, trois animés au cinéma après une carrière la télé, mais aussi aux côtés de Mamoru Oshii, notamment pour Ghost in the shell) est une oeuvre souvent rapprochée du poignant Tombeau des Lucioles, en ce qu'elle raconte aussi l'après seconde guerre mondiale du point de vue japonais, pays défait et déshonoré pour la première fois de son histoire, et comment, avec un potentiel dramatique tout aussi intense. Mais le manga léché (par Nobutaka Ito, Samourai Champloo)prend une direction tout autre, celle de l'espoir. L'espoir que les peuples russes et japonais, après l'adversité, malgré la mort, avec le temps, finissent par s'entendre.

Shikotan fait partie des quatre Îles Kouriles (avec Etorofu, Kunashiri, Habomai) qui sont le plus proche du Japon (île d'Hokkaidô) et qui suite à un flou de traités post-seconde guerre mondiale, ont été rattachés plus ou moins abusivement par la Russie : L'île de Giovanni (c'est-à-dire du jeune héros Jumpei, d'après l'un des romans qui, entre autres, inspire l'animé, Train de nuit dans la voie lactée, inachevé, de Kenji Miyazawa, dont il est mention tout le long du film) conte cette annexion, un peu étrange, où le peuple Anouï devenu japonais au fil des trois siècles précédents, s'est tout à coup fait envahir par une garnison russe, avec leurs familles, qui ont commencé peu à peu à les exproprier, puis à les déporter, avant d'autoriser leur retour au Japon (sauf pour une partie qui a été assignée en Russie), sur Hokkaidô, où ils vivent toujours. Que d'histoires pour quelques cailloux stratégiques, et une poignée d'habitants (environ 1500) spoilés de leurs terres, baladés dans l'absurdité de raisonnements stratégiques et de quête de pouvoir (ces îles permettent l'accès aux russes au Pacifique, et permettent de maintenir une pression militaire sur le Japon, paradoxalement devenu ami des USA dans l'adversité anti-soviétique...).

La petite histoire rejoint la grande dont il n'est fait aucune mention, tellement tout cela dépasse totalement les pauvres habitants ballotés (depuis des siècles, mais pas forcément sans s'en apercevoir autant qu'une déportation...), au gré de considérations étatiques occidentales n'ayant aucun sens pour des pêcheurs qui ne demandait rien à personne, si ce n'est de vivre simplement sur des îles peu accueillantes qu'ils considèrent comme "le meilleur endroit du monde" (étymologie Anouï de "Chikotan"). Mizuho Nishikubo, à travers le personnage de la jeune blonde Tanya, de l'innocence bafouée de ses personnages enfants, qui découvrent un nouveau monde et l'amour, appelle au dialogue des cultures. L'animé est doublé à la fois en japonais et en russe. L'image forte restera, après l'affrontement de chorales dans les deux parties de l'école divisée, les chants repris par l'une et l'autre population enfantine, avant que la décision de la séparation définitive ne soit prise par une instance de pouvoir invisible, à laquelle il faut obéir, et qui cassera tout. Des dizaines d'années plus tard, le retour est toujours difficile, et si l'espoir est mince, le propos est d'y croire encore.

Bel animé, sans concession, fort émotionnellement, pertinent, humain, plein d'espoir malgré tout.