"Maleficent" (mot plus élégant que la version française "Maléfique", originaire du la moitié du XVIIème) est bien plus original qu'il n'en paraît. Sur la forme, on est assez proche des standards actuels : on retrouve les arbres qui ont joué dans le Seigneur des anneaux, les bestioles colorées de Star Wars (épisode 1), il y a même à un moment le loup de l'histoire sans fin (je crois, mais c'est vrai qu'il aurait dû vieillir depuis le temps...). Mais dès le début, pourtant, il y a une différence radicale : Ella Purnell, avec ses cornes noires et ses grandes ailes, est une jeune fée-sorcière-gardienne de la forêt absolument adorable. Elle devient pourtant rapidement la belle Angelina Jolie au coeur trompée, qui passe du côté obscur de la force. Mais c'est bien par réaction extrémiste face aux hommes, aux attaques et à la trahison suprême (dans une sorte de castration), que la bascule s'effectue, et de fait la "méchante" héroïne, qui devient mesquine et retorse, n'arrive pas forcément à attirer l'antipathie, tout autant qu'on ne peut pas être en sympathie avec le camp humain d'en face.

La révolution n'est donc pas que le personnage principal n'est pas le gentil, mais plutôt qu'il faille attendre longtemps pour que la blonde et ravissante (mais toujours pas légale ?) Elle Fanning, en Aurore, incarne ce rôle. Bref, c'est la première fois qu'un Disney ne donne pas dans le manichéisme ! Le tout sous alibi d'une sorte de prequel à la Belle au Bois dormant, totalement remixée. L'ironie du sort voudrait donc que Disney rétablisse une "véritable histoire" (Histoire) qui serait bien plus complexe que celle édulcorée (et manichéenne) qui nous est parvenue. Perrault est tout de même crédité.

Mais il faut se souvenir aussi que la Belle au Bois dormant date de bien avant Perrault, qui lui-même était déjà un voleur de génie. Dans les temps anciens, ce n'est pas un simple baiser qui réveilla la Belle : il fallut plusieurs enfants (non, Almodovar — Parla con ella — n'a rien inventé sur ce coup). De nos jours, le prince se pince : il faut le pousser à l'embrasser pour tenter de rompre la malédiction, et il est fort gêné sans le consentement explicite de l'endormie. Bref, la modernité (émasculisante) est passée par là...

La première histoire d'amour violemment rompue avec Sharlto Copley (qui tourne parano et mégalo), on s'amuse d'une Maleficent en proie à sa nature bonne qu'elle a perverti pour se protéger, et d'à la fois maudire et aider la jeune Aurore (qui en revanche n'ai pas aidée par un trio de fées bonnes à rien). Il y a un joli travail sur l'amour filial/adoptif, le remords, la bonté d'âme, la corruption aussi. Robert Stromberg alterne entre le compte moral pas-neuneu et la scène de bataille à grands renforts d'effets spéciaux. Sortant des cannons sur le fond, tout en y restant sur la forme, cette oeuvre de 1h37 revêt un intérêt certain, dont on peut se demander quel sera l'accueil par les plus jeunes.