"À la recherche de Vivian Maier" ("Finding Vivian Maier") a été porté à ma connaissance par Hinata-chan, et puis j'ai oublié ; jusqu'à ce que la souris me le propose comme soirée ciné. 1h24, dont il ne fallait pas plus, mais qui ont leur mérite certain. C'est l'histoire de John Maloof, un chineur éclairé, qui tombe sur un carton de pellicules de Chicago, un jour, lors d'une vente aux enchères. Et c'est apparemment le gros lot : les clichés sont excellents, même s'il met un bout de temps pour s'en rendre compte. C'est lui qui filme et qui raconte, comment il est parti à la recherche de la photographe, Vivian Maier, après avoir collecté dans les 100.000 négatifs non développés. Il découvre rapidement... qu'elle est décédée. On a peu de repères temporels, le long de ce documentaire romanesque, mais toujours est-il qu'elle a en fait vécu 83 ans, jusqu'en 2009. La recherche sur le mystère Vivian Maier commence...

En parallèle des excellents clichés de rue, pris d'en dessous avec un vieux Rolleiflex qu'elle avait tout le temps au cou, nous est conté l'histoire d'une femme très mystérieuse et fermée, entretenant un accent français assez artificiel, ne parlant jamais d'elle, sans attache autre que les quelques gamins qu'elle a élevé au début de sa carrière de gouvernante — les autres ayant un avis plus mitigé, si ce n'est traumatisé, car il est à peu près clair que l'absence totale de vie sexuelle l'a rendu acariâtre et paranoïaque, passé la quarantaine. Cataloguée étrange, puis "très étrange", promenant "sa vie" dans des cartons, c'est-à-dire tous les clichés qu'elle a pu prendre, dont une partie durant son tour du monde, mais qu'elle a très fort peu fait développer, faute de finance, les témoignages s'enchaînent et parfois se contredisent totalement, ce que le montage nous montre avec malice. Toute la complexité d'un personnage atypique, dont l'oeil acéré voyait à travers les autres, mais qui l'empêchait de se voir elle-même, est ainsi exposé post-mortem.

Le documentaire de Maloof est aussi un plaidoyer pour la reconnaissance de l'art de sa trouvaille, proche de Diane Arbus ou autres photographes de rue reconnus : cependant, les musées n'acceptent de photographies que du vivant de leurs photographes (contrairement aux peintres ?), pour "connaître leur intentions". Étrange que tout cela, Maloof a pris le pari d'expositions dans des galeries de beaux tirages qu'il a fait réaliser, se finançant par le mécénat (le film est ainsi produit via un kickstarter) et un livre qu'il a fait éditer. En attendant la reconnaissance "officielle". Toujours est-il que les portraits de petites gens, de SDF, de scènes urbaines, d'enfants, sentent l'identification d'une femme hors-sol.

Intéressant à plus d'un titre, "Finding Vivian Maier" est finalement l'épopée banale d'une femme aux pouvoirs cachés qui n'aura jamais su les exploiter, bien au contraire, mais qui aura fini par laisser quelque chose, à la grande surprise de tous.