Ayant plusieurs fois entendu parler de la dernière exposition du musée Guimet, "l'envol du dragon - art royal du Vietnam", en des termes plus qu'élogieux, l'occasion laronnesque n'était pas à laisser passer (surtout en un lieu aussi sympathique pour les demandeurs d'emplois). Le Vietnam est une contrée plutôt mystérieuse, ce qui n'est pas sans ironie pour l'ancienne colonie française qu'était l'Indochine. Qui connaît donc l'histoire de ce pays, qui rappelons-le est une signe de l'existence de Dieu tellement ses habitantes, qui n'ont strictement rien à voir avec les chinoises, sont d'une beauté au-delà de l'imaginable ? Le Vietnam est couramment associé aux guerres d'il y a 40-50 ans, mais son Histoire et son art sont inconnus. Voilà une belle occasion de pallier ce manque, et de donner au passage quelques bases pour séduire la vietnamienne par son érudition sur son pays. De la culture intéressante et pratique, en somme.

Le dragon était pour moi chinois avant tout : que nenni, il est aussi à partager avec ce territoire des confins qui n'était pas encore le Nam Viet, depuis plus de 2500 ans, comme le prouve à l'entrée des terres cuites, des bronzes, et un magnifique tambour deux fois millénaire. L'avantage de la céramique est sa conservation : les "bleus et blancs" sont omniprésents, à coup souvent de verseuses (qu'on assimilerait facilement à des théières) et de tasses, mais aussi de plats plus traditionnels. Le motif du dragon est omniprésent au fil des siècles. C'est dans les trois dernières pièces de l'exposition, passé les travaux archéologiques d'une civilisation qui n'a pas connu l'art de la conservation tel que nous le connaissons chez nous depuis quelques petits siècles (on s'étonne tout de même d'ancien modèle réduits de fermes fortifiées), que les sculptures de l'ère Nguyên et les ensembles d'ustensiles et de vêtements révèlent toute la beauté d'un art raffiné, où le mot "livre d'or" est pris au pied de la lettre (il est cependant conservé dans un réceptacle en argent).

Le Vietnam est une sorte de maelstrom, coincé entre différentes influences (et invasions...) culturelles : outre le dragon, il y a le bouddhisme, le confucianisme, et la langue chinoise qui se mélange à leur dialecte propre. La statut à mille bras, celle d'un prêtre assis plus vivant que nature, le tout petit (mais pas très conciliant) juge des enfers (en fonctionnaire, what else?), un petit Bouddha puer senex prêt à marcher sur les lotus, d'autres Bouddha ventripotents, des actes officiels magnifiquement rédigés pour attribuer des divinités à des provinces (!!), un couronne de pierres précieuses (montées sur un chapeau du modèle des érudits chinois), des parures vestimentaires des derniers monarques émigrés à Cannes, la rétrospective s'achève en dehors de l'exposition, avec une galerie de photos fabuleuses du pays — sans vietnamienne dessus malheureusement.

Extrêmement intéressant, témoignage d'une certaine atmosphère trop méconnue (l'humidité de la mousson en moins), cette exposition vaut le déplacement mais aussi d'être saluée, car nos liens particuliers (dirons-nous) avec le Vietnam valent plus qu'une banale ignorance. Je ne savais même pas qu'ils ont leur propre cité interdite... Encore une occasion de regretter de n'y avoir toujours pas été. Histoire de voir dans son habitat naturel le dragon (d'eau, de feu, volant ou pas). Et la vietnamienne.