Lucy fait beaucoup parler d'elle, au cinéma : ce mini-film de Luc Besson, dont TF1 a habilement repassé "le 5ème élément" (une réussite) la semaine précédente ("Lilou Dallas moultipass"), a été assez unanimement qualifié de navet, pour seulement 1h29, ce qui ne démérite pas en soi. Cependant, tout le monde est allé vérifier sur place si c'est aussi mauvais qu'on le dit, et à force le film est en train de casser la baraque. Ironie.

Il est reproché plusieurs choses qui agacent chez ce Besson caricatural : la première, c'est de péter plus haut que son cul (de Scarlett Johansson, ce qui pourrait être pire). Alors qu'on ne reproche pas beaucoup à X-Men de ne pas tenir debout un trentième de secondes avec sa théorie de la mutation génétique qui donne des pouvoir de télékinésie, de magnétisme, de télépathie, de téléportation, etc., il est reproché à Besson de nous avoir ressorti une vieille théorie scientifique fumeuse d'il y a quelques années sur l'utilisation partielle du cerveau humain (qui ne serait utilisé qu'à 10%) ; et dont le dépassement permettrait des merveilles (télékinésie, magnétisme, télépathie, mais pas la téléportation). Je me souviens que lorsque j'étais jeune, cette imbécilité made in Harvard circulait encore, et il est certain qu'avec les airs doctes de Morgan Freeman, que l'on colle régulièrement dans des rôles de vieux-scientifique-qui-sait, la population restera désinformée pour encore longtemps. C'est moche, d'autant que même Besson reconnaît que c'est de la merde.

Pourtant, on pourrait dire : "seul 10% (whatever) du cerveau est utilisé pour la réflexion et nous ne savons pas faire de l'introspection" (comprendre : nous ne pouvons pas manipuler notre propre organisme ni le cerveau lui-même, alors que techniquement, cela pourrait être comme la respiration : le bulbe rachidien par défaut, mais la possibilité de passer en mode "manuel" par le cerveau sinon) ; or, si nous pouvions couper ou activer l'ensemble de notre système nerveux à volonté, on pourrait contrôler notre propre système biologique, ou encore se servir de l'électricité naturelle du corps humain (là nous retombons bien dans la science fiction). Bon, ça devient compliqué. Et ce n'est donc pas le propos : en 1h29, on fait rapide et simple : l'exposé de Morgan Freeman, c'est une conférence TED. Ça fait très docte alors que ça ne vole pas bien haut — tout pareil. On sort des sophismes dignes de Pascal, comme le "choix" de la cellule quant à son mode de survie (l'immortalité ou la reproduction : pas de bol pour nous, l'environnement est favorable à la repro — du coup il faut crever, par diverses manières exposées le long du film avec force explosions et émulsions sanguines, mais comme cadeau de consolation on peut baiser et fantasmer sur la cellulite merveilleuse de Scarlett).

En fait, si l'on déteste Lucy, c'est pour la même raison qu'on fait la guerre à son voisin : il nous ressemble, mais il n'a rien compris, alors il n'y a plus qu'à rejeter violemment. Parce que finalement, en soi, le film une synthèse astucieuse de Matrix, Inception, Léon, Nikita, peut-être même 2001 et probablement Ghost in the shell, bref le seul truc nouveau (et encore ?) ce sont les "illustrations" apposées par incise, comme cette scène quasi-inaugurale de la gazelle chassée par un léopard (ou un guépard, peu importe), alors que les mafieux-de-service-coréens s'approchent de la pauvre proie Scarlett. Et puis on a même le dinosaure de Tree of life qui refait son apparition — le pauvre pourrait mieux choisir ses scripts, en attendant Jurassic park IV, mais que fait son agent ?? En gros, c'est un film de son époque, très explicatif. Rien dans l'ellipse.

Au-delà du simplisme où Lucy est à la fois la femme la plus évoluée du monde avec 100% de son cerveau en éveil et la première femme de l'humanité (comme Ève, mais en mode poilue), que nous raconte le scénario ? C'est l'histoire d'une fille in the sky à Taïwan où un jour, comme ça, tout s'écroule autour d'elle sans trop savoir pourquoi. Enlevée par des mafieux, ils la transforment en mule pour une nouvelle drogue. Désemparée, elle ne baisse pas les bras, mais s'il faut se forcer parfois, et finit à l'insu de son plein gré par prendre une haute dose de cette "drogue de la vie" : tel une future super-héroïne, cela révèle en elle des superpouvoirs... Sauf que Lucy, Lucy dépêche-toi, on vit, on ne meurt qu'une fois et on n'a le temps de rien, que c'est déjà la fin mais... C'est pas marqué dans les livres, que le plus important à vivre, est de vivre au jour le jour. Surtout quand on calcule qu'on n'a plus que 24 heures devant soi. Le temps c'est de la mort...

Alors du coup, elle va employer son temps restant à deux choses : punir les méchants (et, au début, tout ce qui passe devant elle : c'est le côté amoral de l'histoire), mais pas trop parce que sinon ça tue le scénar, alors il faut laisser un peu partout du coréen vénère pour descendre de la flicaille ensuite en plein Paris (il aurait été vache de priver Besson de ces scènes de fusillades aussi bien filmées que totalement absurdes) ; et puis trouver un remède à sa condition pas si enviable. Finalement, elle terminera comme dans "Her", mais non sans avoir livré le secret de la vie, dans une clé USB dont on espère qu'elle ne sera pas vérolée par le premier windows venu. Quoiqu'on pense qu'elle contient en réalité "42" dans un fichier texte. Nous ne saurons pas, c'est horriblement frustrant. Au moins.

Entré avec un petit mal de crâne, alors que Lucy atteignait les 100% de ses capacités cognitives, nous pûmes en toute quiétude en utiliser moins de 1%, et sortir fort détendu de ce n'importe quoi faussement savant. Un vrai bon film du vendredi soir, en attendant le prochain Expendables.