"Saint-Laurent" de Bertrand Bonello est la fortuite seconde interprétation de la vie du couturier en quelques temps : la première étant autorisée, elle ne revêtait pas grand intérêt, on attendra la diffusion télévisée ; la seconde de celui qui nous fit "De la guerre" et "l'Apollonide" méritait artistiquement plus le coup d'oeil.

Le problème des biopics, c'est que c'est fort long. 2h30, pardi ! Pourtant, le parti-pris était de ne pas redire ce qui avait été dit, et donc de se concentrer plutôt sur les aspects moins publics du personnage (véridiques jusqu'à quel point ?), mais pourtant constituants de la personnalité d'Yves : les fêtes, la drogue, l'alcool, les amants qui se succèdent, les grosses pannes d'inspiration entrecoupant des phases d'extraordinaire inventivité, les anecdotes particulièrement méchantes et peu vertueuses, Pierre Bergé (Jérémie Renier) qui récupère et gère le tout (YSL, c'est lui, surtout), les deux muses Betty Catroux (sculpturale Aymeline Valade) et Loulou de la Falaise (Léa Seydoux parfaite bobo hippie aristo), l'amant sulfureux Jacques de Bascher (Louis Garrel), les chiens Moudjiks qui se succèdent après l'overdose du premier... Les collections sont présentées par split screen, le vêtement est partout et nulle part, mais à un moment, on tourne un peu en rond malgré le talent de l'amaigri Gaspard Ulliel, et les parallèles en bonds dans le futur (1989 jusqu'à la mort) où Saint-Laurent (mal) vieilli prend les traits d'un Helmut Berger tout aussi extraordinaire de vérité.

Avec une très bonne distribution (on y trouve même Amira Casar et Valeria Bruni Tedeschi, Bertrand Bonello réalise un film assez similaire en ressenti à l'Apollonide : c'est tenté, c'est mené, c'est conséquent, c'est osé, c'est beau, c'est libre, mais c'est un poil décevant. Étrange tout de même !