La journée de mardi fut un vrai sprint. De rendez-vous en rendez-vous, le dernier de la journée était une sauterie en sous-sol cossu avec député. Arrivé en retard, je n’ai pas osé m’éclipser au moment que commandait l’oracle ratpesque, d’autant que j’avais un peu la parole. L’arrivée au théâtre de la ville fut donc épique. Mais avec cinq minutes de retard, je ne pensais pas devoir entrer dans une salle déjà dans le noir, le spectacle déjà commencé : depuis quand y commence-t-on à l’heure ? Tout se perd ! D’autant que ce n’était que pour une petite heure, ce que je ne savais point…

Luncida Childs a eu droit à des critiques hyper-élogieuses de la bobosphère parisienne. Arrivant essoufflé, je demandai à l’ouvreur combien j’avais raté : pas grand chose, me dit-il, de toute façon ne vous inquiétez pas, c’est pareil tout le long. Et en effet, une fois qu’on a compris qu’il s’agit de passer de gauche à droite ou de droite à gauche, seul ou à plusieurs, en tournant sur soi-même, sur un choix de musique tout aussi répétitive de Philip Glass, on a tout compris. Avec des vidéos (de Luncida elle-même ?) projetées par dessus en très grand et transparence, on obtient le petit plus d'originalité esthétique.

En Occident, la danse n’est pas la transe. Ça, c’est pour les sauvages. Chez nous, tout est civilisé et millimétré, selon une scolastique balletomane précise. Alors la répétition est finalement la manière la plus propre que la modernité, clamant s’affranchir du passé rigoureux mais perpétuant en réalité la même grammaire, les mêmes règles et les mêmes tabous, ait trouvé pour y parvenir un peu, sans en avoir l’air. C’est effectivement assez captivant, et si l’on est un peu imperméable, l’ennui total est à la clé. Si l’on se laisse bercer, c’est fort plaisant — du moins au bout d’une heure on n’est pas forcément mécontent que toutes les bonnes choses aient une fin. Si l’on est bobo, on crie évidemment au génie (sans trop comprendre le fond de l'affaire, probablement), cette chose que l’on obtient de nos jours pour pas cher, avec l'aide de la bonne propagande-slogan (au moins ce n’est pas un plug anal qui ressemble à un arbre : ce qu’il y a de beau avec l’époque moderne, c’est qu’on peut toujours trouver pire).

Ça tourne, ça vire, ça vire et ça tourne. La souris s’est trouvée une vocation, d’autant que le niveau technique requis n’est pas démentiel. Comme quoi, parfois, il ne faut pas s’embêter : il suffit de trouver le bon créneau, et de savoir exploiter le filon. De ce point de vue, c’est totalement réussi.