Céline Sciamma a réalisé l'incroyable "Naissance des pieuvres", d'une grande subtilité ; je n'ai en revanche pas vu "Tomboy", qui a fait couler de l'encre de par son usage (tardif) clairement idéologique. Que pouvaient donc valoir cette "bande de filles" qui là encore va piocher dans l'inédit ou le tabou social du miroir déformé : des filles d'origine d'Afrique noire (deuxième génération de ce qu'on peut juger de la très rapide apparition maternelle) de la banlieue parisienne (RER A ou B, ce n'est pas très clair — normalement ce devrait être le B ou le E). De fait, le sujet non rebattu trouble le jugement cinématographique objectif ; mais dans la lignée d'un "La haine" ou de "L'esquive", on est alors clairement en dessous.

"Bande de filles" est sympa, pop, ne se cache pas derrière un manichéisme bêta — certes les demoiselles accusent de racisme la vendeuse blanche de Châtelet qui suit l'une d'entre elles, mais n'en volent pas moins une bonne partie de ce qu'elles portent ou utilisent... —, montre la difficulté de la vie de banlieue dans les tours mortes de la nuit (la seule animation étant les jeunes qui traînent), où l'on doit aller dans la capitale pour s'amuser et dealer (ou se prostituer) pour réussir financièrement, et aussi la violence que j'ai connu en province, celle des affrontements juvéniles qui laissent des traces. Conquête d'une virilité quand c'est à peu près tout ce que l'on peut s'offrir comme gage de respect, donc reconnaissance sociale.

Mais il y a un problème de tissage, malgré le talent de la ravissante Karidja Touré, jeune talent frais, ainsi que du reste de la bande, et le film devient rapidement une succession d'épisodes descriptifs de la vie adolescente d'une jeune paumée en environnement hostile, face aux doutes de la vie et quelque peu sans filet. L'apprentissage difficile ne se suffit pas totalement à lui-même. Il reste les accents de vérité de ces gamines pénibles mais attachantes, corroborés en direct (mieux que la 3D !) par les spectatrices de l'UGC Bercy (qui n'ont pas manqué de courroucer d'autres spectatrices, pour la peine tout à fait bobo et blanches). Un film pas mal du tout, mais peut mieux faire.