Ce n’est pas la première exposition Hokusai qui ait eu lieu à Paris ces dernières années. Mais la rétrospective du Grand Palais, par l’entrée de côté, attire bien du monde depuis quelques mois, notamment après la période de roulement des oeuvres exposées, pour raison de conservation. Il faut dire que s’il fait noir, froid, et qu’il faut se pencher souvent, les estampes présentées sont dans un tel état exceptionnel pour leur âge plus que bicentenaire, que l’on se plie bien à ces exigences.

L’exposition a un ordre évident : chronologique, suivant les changements de noms et les phases du maître, depuis sa jeunesse d’apprenti jusqu’à ses 89 ans — il avait prévu vivre jusqu’à 110 ans pour achever la totale maîtrise. Un défilé de carpes (« noires comme celles du Japon de la fin du XVIIIème siècle », nous précise une fois le cartouche…), de personnages animés, de dragons, de paysages splendides dont l’inspiration chinoise saute assez souvent aux yeux (les Chinois ne semblent pas très avares sur la paternité de l’oeuvre japonaise, tandis que la leur n’a pas connu le même succès…).

Mon accompagnatrice Hinata-chan me fit la même remarque que la souris : « c’est beau, mais je n’y comprends rien ! » Il est vrai que sans plus connaître précisément de la technique nipponne, mon exposition personnelle quoiqu’indirecte (puisque n’y ayant jamais mis les pieds, à mon grand damn), je n’en ai pas ressenti le manque ; mais pour le total néophyte, qui ne parcourt jamais Guinée ou l’A&V museum, le dépaysement doit être certain… Nombre d’oeuvres y figurent pourtant au catalogue, comme les 36 vues du Mont Fuji (là encore partiellement présentées), dont la fameuse Vague, ici présente en exemplaire unique (j’en ai déjà vu bien plus… Ne serait-ce qu’au British Museum, dernier étage dans le coin).

Dire que certains kakemono, rouleaux dans des états de conservation parfaits, sont issus de collections privées ! Moi aussi, je veux un dragon dans mon salon, pardi. Quel plaisir de voir rassemblés autant de petits livrets de la série Manga ! Voilà un héritage historique décisif. Une très bonne exposition, attirant un monde fou, avec un ensemble d'oeuvres très complet et plus rare d'Hokusai (mais toujours une absence de « la femme du pêcheur »).