L’expo de la BNF "l'éloge de la rareté" est un inventaire à la Prévert des objets rares, parce que vieux, quasi-disparus, pièce (quasi) unique, très ancienne ou franchement récente (donc probablement de l’ordre du nawak). C'est une sélection dans le fond de la bibliothèque, arrangé de manière plus ou moins arbitraire par le commissaire.

Des couvertures en cuir originales, un traité de médecine hyper-célèbre dont il ne reste pourtant presque plus aucun exemplaire, un philosophe évaporé de l’histoire (de La Mettrie, dans la veine Lumières-extrémiste — on regrettera plutôt que ses camarades tout aussi éclairés n’aient pas subi le même sort), une affiche de la comtesse du Barry (presque 50 ans et oubliée dans son château, mais se faisant moins discrète en promettant récompense pour retrouver sa longue liste de bijoux volés indécente en pleine Révolution). Il y a de tout, même une planche peinte à la main originale d’Asterix. Un patchwork intéressant où il faut chiner. Avec un guide (gratuit, pour la journée de portes ouvertes), c’était encore mieux.

En fin de journée, Fabrice Lucchini lisait de la poésie choisie par ses soins, dans une salle blindée ayant dû patienter pour cause de taxi malaimable avec les chiens miniatures japonais (Shiba) : l'alibi rêvée pour le trublion lecteur de laisser libre cours à sa misanthropie, dont le public fut victime collatérale, introduisant par prétexte son auteur fétiche Céline, mais devenant victime de sa propre farce lorsque le public demanda, pour combler la demie-heure gratuite dans l'auditorium de la BNF (à laquelle on accède par un passage en hauteur hallucinant), un extrait du misanthrope. Le tout de tête, le livre servant de support décoratif. Un show d'intellectuel surjouant pour un public forcément déjà conquis.