La souris m’en emmené voir le dernier film de la réalisatrice danoise Lone Scherfig, qui avait déjà fait notre bonheur avec « Un jour » et « une éducation », sans même que je sache de quoi il s’agissait. Et donc, j’ai cru au début à un film d’époque : que nenni, c’était les débuts « The Riot club », un groupe de libertins de la belle époque, aux esprits brillants de la gentry, mais hédonistes. De nos jours, à Oxford, la bande ressemble à de joyeux lurons farceurs, riches fils-à-papas fêtards qui dépensent leurs seules années de liberté avant de rentrer dans le conformisme des appareils d’État auxquels ils sont destinés.

La lecture de Lone Scherfig via la pièce de Laura Wade, « Posh », celle-ci ayant seule écrit le scénario, est à plusieurs niveaux. En opposant deux héros, les bizus beaux gosses Alistair Ryle (Sam Claflin) et Miles Richards (Max Irons) au capital familial important, mais aux idées politiques opposées (donc à des conceptions de la vie assez irréconciliables), tous deux recrutés par le club, le film montre la schizophrénie d’une jeunesse dorée enfermée dans le chouchoutement et entièrement programmée, prédestinée, aux plus hautes fonctions depuis leur naissance : gardiens du temple, la soupape du club ne demande qu’à exploser et l’incident, si ce n’est l’homicide, est une ombre qui plane sur ces jeunes paumés, intelligents au sens scolaire, mais d’une bêtise crasse en réalité.

Quitte à avoir des jeunes brillants de bêtise, on en vient à aimer nos énarques nationaux — on a un peu plus de chance que leur milieu social soit moins corrompu, ou du moins que leur sens de l’État soviétique compense. Hors de tout contrôle, de jeunes gens fort sympathiques individuellement (la scène où l’un des membres va spontanément discuter avec un fermier de son magnifique tracteur, juste avant l’orgie…) peuvent devenir sans limites morales ensemble, confondant ainsi totalement l’origine idéologique d’un libertinage qu’ils n’ont absolument pas compris (scène de la prostituée, par exemple). Et lorsque les masques tombent (pas pour longtemps : la résilience noble a trait à celle du cafard), la vérité éclate : ils sont tous bien seuls.

Mais à plaindre ? (Mon côté français me ferait construire une guillotine pour les soigner radicalement par la tête, mais le personnage Miles nous montre la voie d’un espoir…) Un film bien mené, aux lectures à plusieurs niveaux, donc non simpliste, donc appréciable.