Quelle déception ! L’orchestre National du Capitole de Toulouse, Tugan Sokhiev, une Grande Messe des Morts (Requiem, op. 5) de Berlioz que je ne connaissais pas, mais Berlioz, quoi, ça promettait de grands moments… Et d’ailleurs, à voir l’installation de pupitres de cuivres tout autour de la salle, on pouvait s’attendre à un son dolby surround de tous les diables…

Et puis la Philharmonie. Quand on arrive, on rit avec le vendeur de CD dépité, en manteau, qui voudrait se faire un brazier, et regrette déjà amèrement Pleyel, où il n’avait pas une table de camping pour officier — 400 millions d’euros ! On est toujours déprimé par la déco, mais bon, on s’y fait. Encore pas mal de monde arrive à l’arrache, c’est un poil compliqué de se replacer, mais bon, les balcons sont peu larges, alors même au dernier rang de 4ème étage, on est bien installé. De côté, dans le tournant pair.

Dix percussionnistes : huit paires de cymbales, deux grosses caisses ; aux quatre coins en hauteur, deux paires de trompettes, deux de trombones et de mon côté un tuba en supplément ; un choeur (Orfeon Donostiarra) qui remplit la moitié de l’arrière-scène ; tout ce beau monde et un bel orchestre qui joue simultanément, par cette belle phalange et ce chef qui a déjà plusieurs fois prouvé son exceptionnalité. Et rien. Pas un frisson. Ce son chewing-gum, qui donne l’impression que personne n’articule, qui rebondit comme dans une église, qui empêche de bien repérer le soliste Bryan Hymel d’être repéré quand on est comme moi du mauvais côté de la salle et qu’on a un bel angle mort (il paraît que le ténor était très volumineux, en plus).

On a l’impression que tout vient de loin et avec le même volume. Que l’orchestre pousse ou pas, ça revient au même. Et la proximité du petit groupe de cuivres écrasait absolument tout lorsqu’ils jouaient de trop près. Mais même lorsque seuls trois les autres jouaient, on n’entendaient quasiment plus le choeur. Impossible de ressentir la moindre vibration dans tout cela : c’est ouaté, c’est sympa, mais ce n’est pas ce que l’on pouvait espérer. Pleyel n’était pas idéale, mais ça n’aurait clairement pas été aussi raté. Il paraît qu’à l’orchestre, c’était bien mieux ; au centre du premier balcon, ça ne devait pas être si mal non plus. Il restait donc un peu moins de 2000 spectateurs avec un résultat médiocre.

L’acoustique non encore au point (les spectateurs pigeons essuyant les plâtres en attendant) s’améliorera-t-elle avec le temps et les expériences ? On se souvient qu’à sa réouverture, les cuivres sonnaient affreusement mal à Pleyel : ça avait beaucoup changé un an plus tard. Il y a donc un espoir. Mais pour le moment, on se dit surtout qu’en plus d’être affreusement mal située, cette salle est peut-être ratée. Pour 400 millions d’euros d’argent public.