L’orchestre national des Pays de la Loire un dimanche aprem. A priori, pas de quoi justifier un déplacement — et même pour l’achat de place, on pouvait largement s’y prendre en dernière minute, même avec un placement libre (ie bordélique). Pascal Rophé à direction, inconnu au bataillon. On n’est jamais à l’abri d’une bonne surprise : comme en foot, une équipe de deuxième division peut être meilleure qu’une collection de stars surpayées. Et puis Nantes (et Angers), ça laisse supposer qu’il savent jouer. Claude Debussy, « Printemps ». C’est pas mal du tout. Igor Stravinski, « L’Oiseau de feu » (version 1945), avec quelques canards de feu, pas mal non plus.

Mais en réalité, on venait tous pour le plat de résistance central (sauf ceux qui squattaient la philhar’ pour découvrir le machin à pas cher — ok, les 3/4 du public). Un nouveau Pascal Dusapin !! Tellement nouveau que c’était une création mondialo-française — en vrai, un extrait, parce que pour la totale, il faut prendre le Thalys. « Wenn Du dem Wind… », 3 scènes extraites de l'opéra « Penthesilea », un long monologue par la soprano adorée Karen Vourc'h, en réalité. Et lequel ! Dusapin est vraiment le plus grand compositeur vivant. Encore une fois, il trouve un livret original (sur du Kleist) et hautement psychologique : une femme blessée dans son orgueil amoureux. Ça me fait penser, dans l’esprit, à la mort de Cléopâtre ; c’est aussi lyrique qu’une mort d’Isolde ; mais notre héroïne ne meurt pas, elle fomente sa vengeance tout en avouant ainsi son amour, elle la femme face au héros mythique, elle la trompée alors qu’elle est reine.

C’est très beau. C’est Pascal Dusapin.