Il y a des rencontres qui mettent en émoi, pendant des mois, au risque de faire pschitt. Ce ne fut point le cas de nos deux héroïnes (trois, si l’on compte JoPrincesse) de la soirée, ma souris et Hinata-chan (pas celle du ciné, celle que j’ai surnommé comme ça, hein — notes aux nouveaux lecteurs perdus). Elles purent admirer la prestance soooo british de Ian Bostridge, qui met les jeunes femmes en émoi. La transitivité de la rencontre n’eut en revanche pas lieu — en tant que stoïcien amateur, ça m’aura tout de même un peu amusé.

L’Orchestre de chambre de Paris, sous la direction de Sir Roger Norrington, a fait un choix un peu étrange de programme, certes très anglais, mais mélangeant moderne et ancien : peu sont ceux qui peuvent dans les deux se reconnaître, et de fait la salle était assez vide, alors que le programme était fort bon.

Vaughan Williams, avec la Fantaisie sur un thème de Thomas Tallis, a débuté sur des accents mélancolique et profonds, d’une sorte qui préfigure aussi les musiques de film de cette veine tourmentée. Le mince et grand ténor Ian Bostridge fut alors appelé pour interpréter la Nocturne op. 60 de Britten. N’ayant point récupéré de programme, il fut assez difficile d’y comprendre quoi que ce soit, et c’est ainsi que j’ai laissé passer la souris qui fait « peep peep peep ». À l’entracte, j’ai franchement lutté pour pouvoir récupérer le livret et l’ordre exact des oeuvres, qui a été modifié. Après une petite course pour récupérer, toujours à son siège, mon tiers binomial de trinôme, du Purcell, Abdelazer ou la revanche du Maure, suite Z. 570, qui ne dit pas grand chose comme ça, alors que la dernière pièce de la suite est un hit galactique. Ce sont des choses qui arrivent…

Pour finir cette agréable soirée, avant la séance de dédicace (mouillée), un Haydn ludique (comme souvent), la symphonie n° 103 « Roulement de timbales » : le surnom indique toujours ce qui va se passer. Le chef, toujours assis sur sa chaise, s’amuse comme un petit fou avec ses musiciens, et transforme la direction en jeu d’acteur irrésistible, qui emballe le public. Public certes injustement peu nombreux (quoique cela permet de se replacer allègrement et d’avoir de l’espace), mais qui fit savoir son ravissement.