Certaines critiques ont dit de « Youth » : « notre palme d’or ». C’était sur l’affiche du film, alors il faut un peu se méfier. Mais finalement : c’est bien le cas, ce film est meilleur que celui de la palme d’or. C’est du vrai cinéma, comme on n’en ferait plus trop que chez les frères Coen. Du genre : azimuté, cassant les règles, alternant les promenades en montagne suisse, rêves psychédéliques, soirées ennuyeuses au restaurant, mise en abyme du cinéma et moments oniriques avec toujours une pointe d’absurde. En même temps, une bonne partie de la critique a aussi totalement détesté (alors que les autres ont totalement adoré) ; mais finalement, si c’est clivant, c’est que ça doit bien toucher à quelque chose, non ?

Paolo Sorrentino, qui avait déjà fait le délirant « La Grande Bellezza », ose un peu tout et n’importe quoi, jusqu’à une symphonie alpestre de vaches et un clip pop d’une pétasse lambda en passant par une apparition de Hitler (et de la Reine d’Angleterre) et un personnage récurrent de Maradona. Il réunit une brochette d’acteurs, autour du duo Michael Caine (chef d’orchestre-compositeur retiré) et Harvey Keitel (vieux cinéaste avec toujours un projet sur le feu) : Rachel Weisz, Paul Dano, Jane Fonda. Même Sumi Jo fait un caméo pour interprété la musique du héros du film — en réalité, composition de  David Lang.

Youth parle du temps qui passe (et qui dépasse), des doutes et des douleurs enfouies de deux compères au bout de leur vie, face à leurs enfants, la très jolie masseuse (aux oreilles décollées) Luna Zimic Mijovic, à Miss Univers qui entre nue dans la piscine où ils se baignent (scène culte ?). C’est joliment fait, ça embarque, c’est lyrique, c’est touchant, ce serait bête de bouder pareils partis pris sous prétexte d’intellectualisme snobinard (dédicace spéciale à la critique des Cahiers du Cinéma…).