Le dernier Woody Allen n’a pas totalement fait consensus, et pourtant il traite, avec son habituel schéma du dépressif-nihiliste qui rencontre une fraiche jeune fille (cf Wathever works, notamment), du creuset délirant de la raison avec un panache intelligent. “L’homme irrationnel” (“rational Man”) fait figurer un Joaquin Phoenix philosophe au bout du rouleau, parce qu’ayant perdu le goût de la vie : il vit dans la désillusion et l’alcool, il souffre d’une forme chronique de la dépression des gens intelligents. La rencontre avec l’étudiante brillante Emma Stone, et la liaison avec sa nouvelle collègue d’université peu farouche Parker Posey, n’y font pas grand chose. Et puis il trouve tout à coup un sens à sa vie, dans une entreprise pourtant bien immorale : éliminer un homme. Pas n’importe lequel : un nuisible.

La philanthropie peut-elle naître d’un acte foncièrement mauvais ? Les questions de philosophie morale soulevée, théoriques, s’effacent tout à coup devant une pratique dont on se jure qu’elle n’est pas égoïste. Réellement ? Woody Allen réussit là où excellent les anglo-saxons : mélanger réflexion, comique et tragédie. Brillant.