Je ne sais plus quand est-ce que j’ai découvert Élisabeth Louise Vigée-Le Brun, mais je suis tout de suite tombé amoureux d’elle. Parce qu’elle peint des femmes avec un tel naturel qu’on a envie de les embrasser. Et ça, c’est extraordinaire. C’est louable.

Il est assez incroyable de voir qu’alors que la marie de Paris se creuse la tête pour trouver d’illustres inconnues pour nommer les rues du quartier BNF/Grands Moulins et les stations de tramway, rien n’est nommé d’après notre plus grande peintre, totalement ignorée. D’ailleurs, c’est la première rétrospective qu’on lui dédie en France (et elle vient après une seule autre à New York, il y a des années, de mémoire). On sent le délit de sale gueule parce qu’elle peignait les grands aristos de ce monde, dont elle était tout de même assez proche (notamment de Marie-Antoinette), elle la fille d’un dessinateur et d’une coiffeuse, épouse (plutôt par hasard) d’un marchand d’art aisé mais finalement ruiné. Et encore, l’expo est-elle dans la petite aile du Grand Palais, prise d’assault, trop petite donc hyper encombrée (encore plus pratique avec la police 6 employée partout), tandis que les salles principales sont prises par l’imbécile exposition autour de Picasso, vide — pas même le clarinettiste ne s’y est trompé.

Ça n’empêche pas de se taper des violons féministes à deux balles sur le fait qu’EVLB était déconsidérée parce que c’était une femme, et que c’est d’ailleurs pour cela qu’elle a eu du mal à entrer à l’Académie (où elle a dû se faire coopter par la famille royale, au premier rang de laquelle Marie-Antoinette — ciel, une femme ?). Juste avant qu’on nous dise qu’en fait, c’était parce qu’elle n’était pas d’assez noble extraction. Puis qu’on apprenne (avec tableaux exposés à l’appui, de grande qualité), que sa concurrente de l’époque, Adèle Romany, que l’histoire a certainement tout aussi injustement peu retenue (une noble, pensez-vous !), était entrée en même temps à l’Académie des beaux arts. Manifestement sans problème. Faudrait savoir…

En bas, on a la période de sa jeunesse. La cour française, la famille, les ami(e)s, les inspirateurs, les disciples et les rivales (sur les tableaux ou en tant que peintres). Pratique ces artistes qui ont une chronologie thématique. Parce qu’en haut, c’est l’exil européen après la révolution (dont Elisabeth était peu friande, et je me souviens d’une citation sur le machisme des révolutionnaires et le recul de la place des femmes qui fort étrangement n’a point été mentionné dans cette histoire décidément réécrite par les vainqueurs au stylo rose — une du genre, par exemple : “Les Femmes régnaient alors, la Révolution les a détrônées.”). Elle va en Italie, en Autriche, en Russie, et essaime les chefs d’oeuvres et les commandes, plus ou moins appréciés des têtes couronnées, mais à des tarifs qui lui permettent de mener bon train. C’est une femme indépendante.

Elle avait fait des autoportraits dans sa jeunesse, qu’elle avait laissé un peu partout dans un très grand feeling de self-branding, extrêmement douée qu’elle était pour communiquer et se vendre. Puis on ne sait plus trop à quoi elle ressemble. De toute façon, elle avait aussi un don pour flatter juste assez, que ce soit reconnaissable mais en masquant les défauts. Il semble aussi qu’elle a embelli avec les ans. Et qu’elle a toujours de belles dents — certainement la première à le montrer sur un tableau, une de ses astuces avec le travail en vernis en surimpression (le glacis), les ombres, les joues au blush, la chevelure étonnamment naturelle, l’habillement usuel (même pour la reine, scaaaaandale ! — Faudrait savoir, là aussi… Jamais contents, ces Français).

Mon amour pour Élisabeth Vigée Le Brun n’a pas été démenti par cette exposition que j’attendais depuis longtemps, mais que je n’avais pu aller voir jusqu’à présent, avec mon agenda de fou et tous mes déplacements. Il manquait quelques oeuvres majeures, mais devant toutes celles de collections particulières, on se dit surtout qu’un p’tit Vigée Le Brun dans son salon, ça doit quand même bien claquer…