Lors de l’exposition Lanvin à Galiera, on s’était étonné du nombre de robes et manteaux exposés qui appartenaient à la comtesse de Greffulhe, dont avait essentiellement compris qu’elle avait inspiré Proust. Le teasing était parfait pour l’exposition suivante qui lui était consacrée — et qui vient tout juste de s’achever. Une heure pour faire le tour des trousseaux, essentiellement réalisés par Worth, mais aussi par Jeanne Lanvin (en fait à ce niveau on avait tout vu — sauf la lettre de félicitations pour sa décoration ? Je ne me souviens plus).

La comtesse a épousé un comte richissime, qui comme à la belle époque avaient moult maîtresses et beaucoup d’amour (réciproque) pour sa femme, modèle et idole du tout Paris. Et grande mécène de son armoire. Voilà une femme belle — exagérément qualifiée de plus belle, mais parmi les nobles, on sait que le capital génétique est chose complexe —, qui a surtout du goût et qui sait se mettre en valeur. Coup de chance : elle est à cette période charnière de l’apparition de la haute couture (Worth), où l’on commence à photographier et filmer (mais pas trop, juste de quoi rajouter du mystère à la légende), où l’on écrit encore de belles lettres, où l’on reçoit dans des salons des gens qui seront dans les livres de Français et d’Histoire, et l’on vit encore de ses rentes en faisant du mécénat — et en étant cultivé. Bref, la fin du XIXème et le début du XXème.

La comtesse a en plus eu de fort bonnes idées dans sa vie : une taille assez parfaite (quoique je préfère plus maigre, mais à l’époque, elle passait plus ou moins pour anorexique), un goût qui n’a cessé de s’améliorer au fil des ans, assez de ressources pour exaucer ses envies les plus folles, aucune hésitation à remanier des pièces pour les améliorer (manteau uzbek ou dernière superbe robe de l’expo qui est différente sur certaines photos) et enfin elle a vécu très longtemps : il faut voir ce qu’elle portait à 75 ans, fabuleux…

Voilà une femme avec qui je me serais bien entendu. Quelque chose de rare, y compris à son époque — à la nôtre, je ne vois que @odette9 qui pourrait atteindre ce niveau d’exigence sartoriale. Une belle expo biographico-vestimentaire. J’espère qu’on en donnera une à mon nom aussi un jour — mais je ne suis pas très représentatif de l’époque…