Christ est mort pour la 3e fois en 10 jours. Ça lui arrive souvent, surtout à Pâques. Après la Saint-Jean de Bach, la Saint-Matthieu de Bach — mais que serait Dieu sans Bach ? L’évangéliste Mark Padmore était moins bon qu’Ian, plus monocorde, mais le tout était bien meilleur. Quand on a vu arriver les mioches en costume noir à hautes chaussettes rouges et grand col blanc (une forme de bizutage ? D’après le programme, ce sont Les Pages du Centre de musique baroque de Versailles, sans déconner), on a eu un peu peur (moi depuis mon second balcon, Hinata au loin en arrière-scène — quelle idée…). L’avant-veille au TCE (il était censé y avoir un orchestre de Paris entre les deux, mais le chef est tombé subitement malade), on avait eu une montagne qui avait une voix de fluet : cette fois, c’était le gros black qui a nous rappelé de nous méfier des apparences !

Devant le public de la philharmonie, Sir John Eliot nous a d’abord parlé des attentats à Bruxelles où il était ces derniers temps (aussi avec le Monteverdi Choir et l’English Baroque Soloists ?), et on a eu droit à la minute de silence règlementaire. Et puis il nous a dit que ce serait bien de se recueillir à la fin du concert, parce que la musique s’apprécie mieux en silence — ça commence en silence et ça finit en silence, plus exactement, mais il n'a rien précisé sur les interstices entre les morceaux. Il faut dire que ces derniers temps, c’est très désagréable ce public assez grossier et non-éduqué qui applaudit à tout rompre — au milieu d’un Malher, parfois quelques secondes avant la fin d’une symphonie, et j’en passe. Sans compter les téléphones, les fouillages de sac, les gens qui vont et viennent, ceux qui arrivent bruyamment en retard, etc. On aura donc eu droit à moins de dix secondes de recueillement, cette fois, grâce à cette précaution. Ça mériterait d’en crucifier quelques uns…