Au rayon des pèlerinages religieux, après avoir entendu parler de Jésus encore et toujours, il était temps d’aller voir Dieu en personne. Matthias Goerne était à la “Philharmonie 2” aka la Cité de la Musique, où les places à 10€ n’existent pas. Mais pour une Winterreise par Goerne, Hinata et moi (tiens, on se retrouve enfin !), on est prêts à mettre du pognon. N’empêche, on se retrouve quand même tout en haut, derrière le plexi, mais de face : j’ai eu peur, mais finalement on y entend fort bien. On a juste un peu de mal à comprendre pourquoi Matthias arrête le récital et son pianiste Markus Hinterhauser après quelques mesures et somme un spectateur de cesser ses activités (photographiques ?), celui-ci décidant de se repentir à l’extérieur de la salle (il ne me semble pourtant pas que Dieu l’ait explicitement banni — car Dieu est miséricordieux, n’oublions pas).

Et pourtant, des précautions avaient été prises : les ouvreuses répétaient encore et toujours de ne pas prendre de photo ou de vidéo, et même un gus étaient venu faire une annonce avant (ça devient une habitude…) pour notamment nous demander d’attendre avant d’applaudir. À quoi en est-on réduit ces temps-ci pour éduquer un public décidément épouvantable — et d’ailleurs n’a pas attendu plus de trois secondes.

C’était aussi une production par le Festival d’Aix en Provence, avec comme particularité diffuser en arrière-plan, sur un mur décoré, des extraits d’animations (“création visuelle”) de William Kentridge, qui n’avaient aucun rapport avec le texte (c’est voulu, nous dit-on conceptuellement), si ce n’est une certaine atmosphère. L’idée est louable, mais ça distrait et on se demande si on n’est pas déconcentré de l’essentiel, qui reste l’une des meilleures interprétations du Winterreise de Schubert de tous les temps. Hinata, les yeux fermés, murmure en un silencieux karaoke les Lieder qui se succèdent, transportée. Et alors, dispersant le doute qui s’était un peu installé en elle, fit pénitence et déclara que Dieu Matthias est bien Dieu, qu’il est le plus grand, jusqu'au siècle des siècles. Amen.