“Vor der Morgenröte – Stefan Zweig in Amerika” donne à la brillante Maria Schrader l’occasion de retracer en six scènes de 1936 à 1942 l’évolution de la mélancolie dépressive de Stefan Zweig en exil. Traduit en “Stefan Zweig, adieu l'Europe”, le titre fait certainement référence à sa biographie volontairement posthume, “Le Monde d'hier. Souvenirs d'un Européen.” Josef Hader incarne un Stefan Zweig dont on voit et conçoit toute la détresse et les paradoxes : il a vu venir le nazisme et a fui à temps, mais son pacifisme lui empêche de prendre partie contre ses origines — ou est-ce une forme de couardise ? Il est partout reçu mais nulle part chez lui, et ses amis comptent sans cesse sur lui pour leur trouver de quoi fuir, alors que la guère a enfin éclaté. La scène avec Friderike (Barbara Sukowa), qui porte son nom et dont les filles le considèrent comme son père (quoique dans une relation assez ambigüe), à New York, reflète tous les tourments, qui le font de nouveau fuir avec Lotte, sa jeune femme (Aenne Schwarz, mon âge, formidable de beauté, surtout dans ce rôle

aux confins du monde où ne résonne plus qu’une lointaine Europe atrophiée, entre la fanfare qui massacre avec hardiesse le Beau Danube Bleu et les amis immigrés que l’on recroise. Au Brésil, qui l’accueille à nouveau les bras ouverts, il pourrait recommencer une vie. Mais comme Lotte et son asthme qui empire, le désespoir l’étreint de manière inéluctable. La dernière scène, comme l’a remarqué la souris, est d’une pudeur extraordinaire, filmée exclusivement à travers le miroir de l’armoire de la chambre.

C’est un très beau film, où les langues valsent et se perdent dans le déracinement, où la profondeur des personnages et perceptibles, où l’hommage à l’intellectuel et écrivain tourmenté ne cède jamais à une forme de respectueuse pudeur.