C’était la première de Daniel Harding, le nouveau chef de l’orchestre de Paris, et donc la première de la saison aussi. Et puis il y avait cette oeuvre qu’on n’entend jamais, un Faust de Schumann, “Scènes du Faust de Goethe”, en une ouverture et trois parties.

Si Lola est ma Marguerite (surtout lorsqu’elle se fait une petite tresse unique sur le côté de ses longs cheveux poétiques), c’était en réalité une soprano impressionnante, et aussi fort belle (la troisième demoiselle remarquée et remarquable de la soirée étant une choriste derrière Lola), Hanna-Elisabeth Müller, qui tenait le rôle, du haut de ses 31 ans — il y a décidément beaucoup d’Allemandes désirables ces temps-ci. Pour compléter la distribution, aux rôles très itinérants, on trouvait tout de même dans les rangs Bernarda Fink, Christian Gerhaher, Franz-Josef Selig, mais aussi Mari Eriksmoen, Andrew Staple et Tareq Nazmi. On ne pourrait mieux rêver.

Bien placé dans le public (puis encore mieux replacé car la dame à qui j’avais piqué la compagnie de son mari est apparue, et puis le parterre est revenu avec force de retard post-cocktail de l’entracte), j’avais une vue imprenable sur tout ce beau monde — et surtout Lola, la seule véritable héroïne dans nos coeurs.

Ce Faust est singulier : il s’appuie sur les vers originaux de l’oeuvre de Goethe. Or, des vers, Goethe en a écrit une poignée de milliers. Schumann en fait une sélection qui diffère de l’habituel pacte vs relation amoureuse, pour se concentrer sur les aspects mystiques (se rapprochant en réalité du coeur original du sujet). Mieux vaut connaître l’intrigue amoureuse cependant, car cela joue à saute-mouton dans l’intrigue. Le héros meurt en plein milieu, avant l’entracte. Comme les deux premières parties font environ 50 minutes chacune, on comprend vite que ce n’est pas pour rien qu’un mini-requiem et autre mini-messe se trouvait là dedans (au début, en fait !), avant la troisième partie tout aussi longue — qui passe cependant fort vite. Et, fier de moi, j’ai repéré la seule ou rare modification apportée aux vers par le compositeur, déjà torturé : un “es ist vollbracht” (à la place de “es ist vorbei”) rappelant les paroles du Christ en croix.